Vivre dans une petite communauté

 

Alors, oui, je suis partie, direction le Yukon, berceau des ruées vers l’or
et de l’histoire des traîneaux à chiens.

 

En choisissant le Yukon pour poser mes valises, je ne pouvais pas trouver un environnement plus différent de celui dans lequel j’ai grandi et dans lequel j’ai commencé ma vie d’adulte. Évry VS Whitehorse… Comment vous dire que le combat n’est pas équitable ? Comparer deux villes complétement différentes m’est tout simplement impossible. Même si maintenant, j’ai tendance à ne voir que les côtés négatifs de l’une et uniquement les points positifs de l’autre, cela n’a pas toujours été le cas. À leur manière, chacune a ses avantages, ses inconvénients et son lot propre d’anecdotes et de souvenirs.

Ville de Whitehorse, Yukon, Canada
Vu sous cet angle, Whitehorse n’a en effet rien de comparable à Évry… ©Kelly Tabuteau

J’ai passé 25 ans de ma vie à Évry. Je m’y suis construite grâce à l’offre sportive disponible, aux balades dans le grand parc des Coquibus, à mes escapades en forêt de Fontainebleau, au cinéma 10 salles et aux amitiés que j’y ai créées. Cependant, quand on me demande aujourd’hui de décrire cette ville, les premiers adjectifs qui me viennent à l’esprit ne sont que peu flatteurs. Archi urbanisée, la cité dortoir est bruyante et sombre. C’est néanmoins là que j’avais décidé de m’installer après mes études à Rennes et à Montréal… une sorte de retour aux sources. J’avais l’impression d’y être chez moi : j’y étais bien, mes proches étaient à proximité et je m’y sentais en sécurité. Malgré cela, je n’y étais pas heureuse…

C’est à Whitehorse que ma quête du bonheur m’a menée, une ville qui reflète davantage ma personnalité et mes valeurs. Pourtant, la ville du Cheval Blanc est loin d’être sans défaut… Éloignée de tout, isolée dans le grand nord canadien, le coût de la vie a tendance à y être élevé. Les loyers avoisinent les 700 $ pour une chambre en colocation, le chariot des courses hebdomadaires, lui, dépasse rapidement les 100 $ ; et je ne vous parlerai pas du prix d’Internet… c’est presque indécent ! Ajoutez à cela les choix restreints en terme de mode, le peu de variété alimentaire, et un accès réduit aux services de santé, la coupe est pleine. Alors pourquoi me plais-je tant ici ?

Vue depuis le Mont McClintock, Yukon, Canada
Difficile de ne pas aimer contempler c’te vue… ©Kelly Tabuteau

À Whitehorse, j’ai découvert un nouveau cadre de vie et un quotidien moins stressant : plus de quiétude, moins de prise de tête, … un meilleur équilibre en quelque sorte, à profiter de la diversité culturelle ou des initiatives communautaires. Même si professionnellement parlant, j’ai dû faire quelques compromis, je n’échangerais ma place actuelle pour rien au monde. Vivre ici est tellement enrichissant et dépaysant ! Outre les paysages environnants à couper le souffle, certains diront que c’est le sentiment d’appartenance à une communauté qui leur est primordial. Car oui, au Yukon, on se connait sur plus de mille kilomètres ! Le fait de ne plus être qu’un simple individu noyé dans une masse humaine réconforte et permet de s’épanouir. La perte de l’anonymat a ce côté enchanteur et libérateur de se sentir utile, important et au centre de quelque chose de plus grand que soi-même.

 

Si dans les premiers temps, la magie a aussi opéré sur moi, je dois dire que parfois, le revers de la médaille me fascine beaucoup moins… Toujours croiser quelqu’un que je connais en ville, quand je m’y rends pour me balader ou faire mes courses, ne me dérange pas. Cependant, d’autres aspects ont tendance à me gêner, voire à m’agacer. Connaître tout le monde désinhibe. Chacun se sent libre de parler de n’importe qui, leur créant ainsi une réputation, justifiée ou non. Et dans une si petite communauté, avec les « ouï-dire » qui vont bon train, il peut être difficile d’arriver à faire la part des choses, entre réalité, rumeur, commérage et mensonge. Récemment, j’ai appris, à mes dépens, que j’avais moi-même une réputation à Whitehorse, certes une réputation positive, mais une réputation tout de même. Quand quelqu’un m’a lancée, il y a une semaine, « T’as une réputation à tenir maintenant, alors fait attention à tes choix », je me suis sentie quelque peu désemparée. Que dis-je ? C’était bien plus que ça… Cette simple phrase m’a fait l’effet d’une claque ! Moi qui pensais qu’ici, je pouvais être qui je voulais sans crainte d’être jugée, avais-je finalement tort ? Je me suis toujours moquée de ce que les « inconnus » pouvaient penser de moi ; aujourd’hui, je doute… Je ne me sens plus aussi confiante désormais, avec un sentiment, sûrement paranoïaque d’ailleurs, d’être épiée… Agir comme ils le voudraient ne serait-il pas me priver de mes propres libertés ? Je n’ai pas de réponse à cette question pour le moment… Je ne suis pas en colère, ou triste, ou même malheureuse ; je suis juste perplexe devant le comportement de certains humains.

Paysages enneigés, Yukon, Canada
En route vers Vista Summit… ©Kelly Tabuteau

Détrompez-vous, la vie au sein d’une petite communauté ne présente pas que des bons points. Les inconvénients sont plus ou moins présents, plus ou moins nombreux, plus ou moins importants, relativement à chacun, mais ils sont bien là. Pourtant, je suis la première à crier sur les toits et à mettre en avant les avantages de ma nouvelle vie ! Car après tout, ce sont ces derniers qui sont les plus nombreux à mes yeux (comment pourrais-je avoir trouver le bonheur ici sinon ?), ce sont eux, qui enrichissent la routine naissante que je suis en train de me créer.

 

« Il faut plus d’art pour conserver sa réputation que de talent pour l’acquérir. »,
Pensées et réflexions philosophiques (1755), Simon de Bignicourt.


8 réflexions sur “Vivre dans une petite communauté

  1. Tu sais, en province, dans les petites communes, c’est exactement pareil pour les commérages. Les étiquettes que l’on colle sur des personnes… Je ne sais pas s’il y a des endroits sur cette Terre où l’homme n’est pas médisant. L’important, c’est de se sentir mieux. L’homme restant le premier prédateur de l’homme, les attitudes de soi-disant sont malheureusement naturelles. Cela dit, je pense que la promiscuité pour l’homme n’est pas le top. Reste comme tu es. Ne change pas. N’essayes pas de rentrer dans un moule pour faire bien. Vis ta vie comme tu l’entends et surtout moque toi bien des gens qui te donnent des leçons. Chaque individu a libre choix de vivre comme il le souhaite. Bisous ma Kelly. Cathy et moi te faisons d’énormes gros bisous 😘

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    1. Je ne sais plus qui a dit ça, mais ça s’applique assez bien à ma situation : « Plus tu essayes de rentrer dans le moule, plus tu as l’air tarte ». Ne vous faîtes pas de souci, je reste moi-même, j’évolue bien sûr mais je vis comme je l’entends. Bisous à vous deux !

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  2. Chercher son identité dans un endroit notamment différent à celui dont on a grandi, je le connais bien ce dilemme. Je me retrouve très bien dans ton histoire comme française de langue maternelle anglaise. Pour l’instant je suis dans une société extrêmement conservateur en Hongrie, alors que je ne le suis pas du tout.

    Contrairement à toi, je ne pense pas y rester, bien que ce n’était pas une surprise. J’ai déjà passé quelques années ici de 1995-2000. Mais, je ne regrette pas du tout d’être revenue.
    C’est quand même intéressant comment les gens me voient, les labels qu’on me donne. Et tous ça on parlant la langue avec des origines hongrois.

    De toute façon, j’ai vraiment hâte de suivre ton blog.

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    1. Merci pour ton retour d’expérience. En effet, peu importe le pays, la ville ou la culture, on aura toujours une « étiquette ». Il faut en avoir conscience, sans que cela nous empêche de vivre. Apparemment, c’est le cas pour toi, alors c’est tant mieux. J’ai également fait un tour sur ton blog, ça donne envie de découvrir cette partie de l’Europe, que personnellement je ne connais pas.
      Bonne continuation à toi, hâte de voir où la vie te mènera après ton arrêt en Hongrie.

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      1. Merci pour ton commentaire trop sympa. Je suis absolument d’accord. Bienvenue sur mon blog et en Hongrie / Finlande. C’est vraiment un pays intéressant, ainsi que la Finlande. Si t’as des questions, n’hésites pas à me demander.

        Je t’avoue que moi aussi j’ai bien hâte de voire où la vie me mènera. J’espère le savoir cette été. 🙂

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  3. Je comprends tout à fait Kelly,
    en arrivant à Penticton (BC) j’avais la sensation que tout était possible, nouveau, je ne connaissais personne et je pouvais vraiment être moi ou qui je voulais d’ailleurs !
    Mais ça ne dure qu’un temps, par mon travail je rencontre beaucoup de monde et je croise ces gens très souvent en ville. Je n’ai rien à me reprocher mais les gens ont tendance à juger facilement et je me suis déjà faite la réflexion que si je buvais un coup de trop ou disais une chose déplacée ou mal interprétée, cela pouvait rapidement se répandre. C’est quelque chose de différent c’est certain…
    J’ai eu tendance à idéaliser les choses aussi et à voir ensuite le revers de la médaille mais je ne changerai rien pour autant. J’ai entendu quelqu’un dire un jour qu’en changeant de pays on change seulement de problèmes, c’est bien vrai !
    Céline

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    1. Merci Céline pour ton témoignage. En effet, ce n’est pas toujours évident de vivre dans une petite communauté. Comme tu le dis, on voit vite le revers de la médaille, et pourtant on n’échangerait notre place pour rien au monde.
      L’herbe est toujours plus verte chez le voisin… Mais quand tu habites chez le voisin, il y a toujours un autre voisin 😉
      Viens-tu d’arriver à Whitehorse ? Y restes-tu un petit moment ?

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