Cinq randonnées dans le parc territorial Tombstone

Dans cet article :

Mont Abraham – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Jour 8 (8 juillet 2022) : Infant Peak et au-delà

Nous nous réveillons sous un ciel voilé de fumées des feux de forêt. Les belles montagnes que je voyais hier soir depuis Rocky ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Je sens que les vues de la randonnée du jour, Infant Peak, vont être quelque peu différentes de ce que nous aurions pu voir. Qu’à cela ne tienne, après une journée de voiture, nous avons toutes les deux besoin de marcher. C’est parti, directement depuis la voiture ! Nous devons rebrousser chemin une cinquantaine de mètres sur la Demspter Highway, avant de passer deux-trois arbres et de parcourir un petit instant la toundra bosselée.

Puis, c’est l’ascension qui commence, assez raide je trouve (peut-être que je ne suis pas encore tout à fait réveillée), dans un genre d’éboulis. J’arrive au premier point de vue et réalise que le ciel voilé a aussi des avantages.

Rivière Blackstone – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Je continue. Les petites roches plates de l’éboulis sont tantôt remplacées par de l’herbe (bien agréable), tantôt par des roches plus importantes. Les deux s’enchaînent pendant un bout, avant de laisser place, à l’approche du sommet, à des roches blanches, semblables à celles que j’avais rencontrées lors de l’ascension de Windy Pass Peak.

Infant Peak – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Après la première montée bien à pic, la marche sur la crête est assez facile. Malgré les nombreux ups and downs qui cassent le rythme, j’avance rapidement jusqu’à Infant Peak. Que je regarde à droite ou à gauche, je suis émerveillée, même avec une visibilité restreinte. Je me demande ce que ça serait sans cette maudite fumée. Encore plus beau ? Je ne sais pas. Aujourd’hui, je trouve qu’il y a une atmosphère presque mystique qu’un grand ciel bleu n’apporterait pas.

En route vers le mont Abraham – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Un peu sur ma faim, je décide de continuer sur la crête jusqu’au mont Abraham. Encore plus de roches et de ups and downs, encore plus de sueur qui perle sur mon visage et dans mon dos, mais je suis bien. Zen. J’aime tellement l’état d’esprit qui m’envahit quand je randonne. Oui, c’est parfois difficile et il m’arrive de me demander ce que je fais là, mais je recommence dès que j’en ai l’occasion car randonner est ma méditation à moi.

Après trois heures et vingt minutes, j’atteins le sommet du mont Abraham où Ouna et moi nous arrêtons un bon moment pour notre pause déjeuner. Les paysages sont minéraux ici, de la roche blanche partout, quelques nuances d’ocres et de bruns donnant encore plus de reliefs aux sommets qui nous entourent. Au loin, sous l’opacité de la fumée, on devine le vert de la végétation que nous avons quittée ce matin, ainsi que la rivière Blackstone. Perchée sur « mon » sommet, j’ai dû mal à rebrousser chemin tellement je me sens heureuse. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et je dois bien revirer de bord.

Comme d’habitude, la descente est bien plus rapide, si ce n’est la toute dernière partie dans l’éboulis. C’est raide et je ne me souvenais plus que c’était aussi long. Peut-être que ça ne l’était pas en fait, mais qu’avec la fatigue, la perception est différente. Sur ce type de sol, même si ma cheville gauche est pas mal remise (je me suis fait une grosse entorse en janvier), je suis encore plus précautionneuse qu’avant (c’est mental – manque de confiance, plutôt que physique).

Fleurs sauvages et Dempster Highway. © Kelly Tabuteau

De retour à la voiture, nous reprenons la route sur la Dempster Highway, toujours en direction du sud, ma lumière sur le tableau de bord à nouveau allumée… Demain, j’aimerais randonner Pilot’s Peak, alors j’espère pouvoir me stationner pour la nuit près de son départ. Arrivée sur place cependant, je comprends vite que ce sommet ne sera pas pour cette année. Les rives de la rivière Blackstone sont encore enneigées, ce qui rendrait la traversée encore plus complexe qu’elle ne doit déjà l’être. Mais surtout, je vois Pilot’s Peak, et croyez-moi, c’est une grosse montagne. Une de celles que je n’ai pas envie de gravir seule, car je le sais, rien qu’à la voir, qu’elle va demander beaucoup d’efforts et de souffrance, chose que j’aimerais partager avec d’autres.

Je roule donc jusqu’au camping territorial Tombstone où je me poserai pour les deux prochaines nuits. En passant Two Moose Lake, sans trop y croire, je regarde s’il n’y aurait pas un ou deux orignaux dans le coin. Et ne voilà pas ma surprise quand j’aperçois un belle bête se baignant jusqu’au garrot, tout en cherchant de la nourriture sous l’eau. Je l’observe de longues minutes avant de poursuivre ma route.

Canards et orignal à Two Moose Lake. © Kelly Tabuteau

Arrivée au camping, je fais une petite toilette sommaire pour retirer la transpiration de mon corps, puis repos. Je réfléchis à ce que les prochains jours seront puisque je ne gravirai pas Pilot’s Peak demain.

Je sens aussi que ma cheville gauche, bien que pas vraiment douloureuse, est fatiguée par la randonnée d’aujourd’hui (12 km, 1 180 m de dénivelés). Demain sera sans doute un peu plus calme.

Jour 9 (9 juillet 2022) : Hart River Road et Goldensides

Pas facile de trouver des randonnées plus « calmes » dans le parc territorial Tombstone. En étudiant l’application Gaia GPS, je remarque le départ de la Hart River Road à moins de dix kilomètres du camping. Ce nom me parle, je pense l’avoir vu passer cet hiver quand nous discutions, avec des ami·e·s, d’expéditions hivernales en ski de randonnée nordique (SRN). Et si nous l’envisagions en SRN, c’est que le dénivelé ne devait pas être trop important. Allons voir cela de plus près. Rocky roule bien et la lumière de maintenance est éteinte ce matin… va falloir que je fasse vérifier ça à mon retour à Whitehorse…

La Hart River Road est en fait une route de VTT (véhicule tout terrain, ou quatre roues) qui suit de loin la rivière Hart. Elle a été construite dans les années 1960 pour desservir une mine située à une cinquantaine de kilomètres de la Dempster Highway.

Hart River Road – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Celles et ceux qui s’y aventurent sont en plein dans une vallée entourée de montagnes. Ça change. Au premier kilomètre, je reconnais Angelcomb Peak sur ma gauche que j’ai gravi l’été dernier. Sur la droite, les montagnes s’enchaînent, plus belles les unes que les autres.

La route de terre est parfois boueuse, mais relativement plate. C’est donc une randonnée idéale pour reposer ma cheville gauche. Après six kilomètres et demi, je fais une petite pause sur le côté de la route, puis décide de faire demi-tour. La route, elle, continue, mais je ne suis pas équipée pour aller au bout. Je m’en retourne donc tranquillement vers Rocky.

Je voulais reposer ma cheville aujourd’hui, mais je sens que mon corps m’en demande plus. Sur le chemin du retour vers le camping, je m’arrête donc au sentier Goldensides, un court sentier au faible dénivelé avec de très jolies vues. De plus, je l’ai déjà fait plusieurs fois, avec Camille, Mathieu ou Amandine : je sais que je ne serai pas déçue. Et cela devrait contenter le fourmillement dans mes jambes.

Au fur et à mesure que je monte, les nuages s’accrochent aux crêtes environnantes, réduisant la visibilité sur ce qui m’entoure. L’ambiance est spéciale. Je l’apprécie d’autant plus que cela donne des perspectives différentes aux reliefs alentours.

Puis aussi vite que je suis montée, j’amorce la descente vers Rocky et retourne au camping où une fin de journée lecture m’attend.

Jour 10 (10 juillet 2022) : le mont Boyle

C’est sous la pluie que nous nous réveillons ce matin si bien que je traîne au lit. Je sens Ouna impatiente de se lever, mais elle reste calme. Sous les ruissellements qui s’abattent sur Rocky, je bouquine en attendant une accalmie.

Vers 9 h 30, l’averse est passée. Je me décide à quitter le confort du lit. Comme tous les matins, la routine consiste à marcher avec Ouna. Nous faisons donc le tour du camping et v’là pas qu’Ouna est intriguée par les ronflements qui émanent d’une tente. Elle me fait rire…

Rangement de Rocky, petit déjeuner et en voiture pour la randonnée du jour : le mont Boyle.

Dès les premiers instants, je sens que cette randonnée va me demander beaucoup d’énergie. Elle commence par une première longue partie dans la toundra bosselée (qui plus est, humide après la pluie), qui sollicite tous les muscles du corps : ceux des chevilles bien sûr (et ma cheville gauche se porte à merveille, hourrah), mais aussi ceux qui permettent le maintien de l’équilibre.

Une longue approche dans la toundra bosselée…
Mont Boyle – Juillet 2022.© Kelly Tabuteau

Car oui, marcher dans la toundra bosselée, c’est comme marcher sur un nuage : on s’enfonce à chaque pas, parfois plus profond que le pas d’avant, parfois avec quelque chose de dur sous le pied. C’est fatiguant car il est impossible de prendre un rythme stable… Je sens déjà mes quadriceps et mes obliques chauffer. Mais les montagnes qui m’entourent me font oublier les douleurs, car j’ai hâte de prendre de la hauteur, en partie aussi pour échapper aux moustiques et aux mouches.

À l’approche de l’ascension, je comprends cependant que je n’ai pas fini de galérer. Évoluant toujours sur ce sol cotonneux, je dois maintenant me battre avec les branches des saules arctiques pour me frayer un chemin sur une pente d’abord pas trop raide mais qui s’accentue au fil des pas. Un pied après l’autre, une branche après l’autre, j’avance lentement.

Mont Boyle – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Après ce qui me semble une éternité, j’arrive sur la crête que je n’ai plus qu’à suivre jusqu’au sommet. Le sol est à présent plus solide sous mes pas ce qui rend la marche bien plus agréable. Un petit air d’Écosse se dégage de cette partie de la randonnée. Le vert de l’herbe se mêle au noir de formations rocheuses.

Mont Boyle – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau
Vue sur le « vrai » sommet. Mont Boyle – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

La randonnée s’achève en principe à la fin de la crête mais il est toujours possible de continuer pour explorer les alentours, notamment vers le vrai sommet du mont Boyle. Fatiguée, j’hésite à continuer, mais comme souvent, je me pousse encore un peu car « quand est-ce que je la referai cette rando. J’suis là maintenant, alors go ». J’avale trois abricots secs et c’est reparti.

Je dois redescendre un peu avant d’attaquer une dernière partie à pic. Sur l’ascension finale, je me sers même des mains tellement la pente est raide. Mais tous les efforts sont récompensés : une fois au sommet, la vue à 360° qui s’offre à moi est juste superbe. Cerise sur le gâteau, à peine assise pour ma pause déjeuner, un caribou solitaire fait son apparition en contrebas. Je suis aux anges.

La descente se passe beaucoup plus rapidement et sans encombre même si la partie de bush walking me semble beaucoup plus longue.

Je retourne ensuite au camping territorial Tombstone. Ce matin, j’avais en effet décidé de rester là pour les quelques nuits à venir. C’est plus de confort, même si ça reste du confort sommaire… Les toilettes sèches et l’accès à de l’eau (qu’il faut traiter ou faire bouillir avant de boire) rendent le quotidien plus simple : pas besoin de creuser un trou avant de faire popo, ni de chercher désespérément une source d’eau claire pour remplir mes bouteilles.

À peine arrivée, je fais un brin de toilette dans la rivière North Klondike qui passe juste derrière mon emplacement (je l’ai choisi juste pour ça cet emplacement ! Il n’a peut-être pas les plus belles vues du camping mais il a accès à une baignoire privée) et la routine du soir commence : lecture, dîner et dodo.

Jour 11 (11 juillet 2022) : Angelcomb Peak et North Klondike River Trail

Ce matin, je suis fainéante. J’ai pourtant bien dormi, mais j’ai fait des rêves étranges, me réveillant avec la boule au ventre. Je décide donc de prendre la journée relax et commence par ranger Rocky car y’en a partout. Ce n’est pas évident de vivre dans un si petit espace. Chaque objet est censé avoir sa place et je m’aperçois vite quand ce n’est pas le cas. Puis, Ouna et moi faisons notre habituel tour matinal du camping et prenons notre petit déjeuner. Il fait à peu près soleil ce matin, donc je me pose lire un peu. À 10 h 30 passées, je me décide à randonner.

Je voulais tenter le mont Adney, mais l’envie d’affronter à nouveau la toundra bosselée n’est pas là. Je sens que la journée va être calme aujourd’hui… Je me rabats sur Angelcomb Peak, une courte randonnée que j’avais faite l’été dernier. Je sais donc qu’il y a globalement un sentier tout du long : cela me demandera moins d’énergie qu’une randonnée hors-piste.

Angelcomb Peak – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

La pente est progressive, pourtant, je transpire à grosses gouttes dès les premiers pas et malgré une température relativement fraîche (13°C). Je suis d’ailleurs obligée de m’arrêter plusieurs fois pour essuyer la sueur qui me pique les yeux. Le décor, comme beaucoup de randonnées dans le parc territorial Tombstone, est magique : du vert éclatant, çà et là, des formations rocheuses, et toujours de magnifiques vues sur la Dempster Highway.

J’avance rapidement et en moins d’une heure et trente minutes, je suis au sommet. J’en profite pour tester ma nouvelle perche à selfie qui fait aussi trépied.

Angelcomb Peak – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Après une petite collation, je reprends le chemin du retour. Les nuages se lèvent peu à peu. Le gris du ciel se transforme progressivement en bleu et change l’atmosphère du lieu. Je me répète, mais c’est tellement beau !

Angelcomb Peak – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

De retour au camping, Ouna sieste pendant que je lis au soleil quelques heures. J’ai commencé Une vie entre deux océans, de M. L. Stedman samedi et j’ai de la difficulté à le poser tellement j’ai envie de savoir la fin (merci maman pour la découverte !).

Puis une grosse averse arrive, Ouna et moi nous réfugions dans Rocky en attendant qu’elle passe, avant d’aller se balader sur le sentier North Klondike River, un aller-retour de quatre kilomètres qui part directement à côté de mon emplacement de camping. J’avais souvent parcouru le premier kilomètre, mais je n’étais jamais allée jusqu’au bout. Voilà chose faite.

Le retour se fait sous la pluie… Je sèche Ouna tant bien que mal avant de la faire rentrer dans la voiture, puis je vais me rincer dans ma salle de bain privée, avant de me réfugier à mon tour dans la voiture, sous ma couette avec mon bouquin. La soirée s’annonce aussi calme que la journée l’a été.

Jour 12 (12 juillet 2022) : le mont Adney

J’ai été réveillée au milieu de la nuit par la pluie. Le parc territorial Tombstone est connu pour sa météo capricieuse, mais surtout changeante très rapidement. Il faut dire, qu’avec ses pics acérés et ses nombreuses vallées, des micro-climats se forment et se déforment sans cesse.

Quand j’émerge de Rocky vers 8 h 30, les nuages sont bas, masquant les sommets alentours. Je ne me presse pas et entame la routine du matin. Je commence même un nouveau livre, après mon petit déjeuner, un livre de circonstance : Le boutte de la route : Chroniques en dix-huit roues, d’Yves Lafond, un camionneur également chroniqueur pour le journal l’Aurore boréale.

La météo n’a pas évolué, mais vers 10 h 30, je me décide à me rendre au départ de la randonnée du mont Adney. Sur la route de gravier, rendue glissante par la pluie, je me prends une méga averse et quand j’arrive à destination, la montagne que je souhaite gravir à la tête dans le nuage. Je reste à l’abri dans la voiture, lis quelques chroniques d’Yves, puis remarque que le temps a l’air de se lever quelque peu. Je prépare donc mes affaires et m’élance pour un kilomètre et demi de toundra bosselée.

J’y vais ou j’y vais pas ?
Mont Adney – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Après 400 mètres, je dois traverser un petit ruisseau. Des roches émergent çà et là faisant office de pont. Je ne déchausse donc pas mes chaussures de randonnée et, avec mes bâtons de marche, je joue à l’équilibriste… et je perds ! Dernière roche, trop glissante, je n’ai d’autre choix que de poser un de mes pieds dans le ruisseau. Je suis partie depuis moins de dix minutes et j’ai déjà les pieds trempés… la journée va être longue !

Je continue dans la toundra bosselée, là où le sol est inégal au possible, tentant de suivre la trace GPS que j’avais téléchargée sur le site yukonhiking.ca. Manque de bol, mon téléphone beug et ne me localise pas… Bon, je ferai sans. De toute façon, ce n’est pas compliqué, la montagne est en face de moi, je sais donc où aller. La question est de savoir si je vais emprunter le meilleur itinéraire. A priori non, puisque le descriptif de la randonnée mentionnait une traversée de ruisseau… j’en suis à ma 3e. Comme j’ai déjà les pieds mouillés, je ne me pose plus de questions et traverse carrément, chaussures aux pieds.

Mont Adney – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

J’en termine relativement facilement avec la toundra bosselée, un léger bush-walking et je m’apprête à commencer l’ascension. J’ai l’impression d’être face à un mur tellement que la pente est raide. Je ralentis le rythme. Doucement mais sûrement, je grimpe. Les paysages qui m’entourent pour le moment sont semblables à ceux que j’ai pu observer lors de l’ascension du mont Boyle, mais je ne m’en lasse pas. À chaque pause eau, je contemple les panoramas qui m’entourent, avant de reprendre cette ascension sans fin.

À l’approche du sommet, des formations rocheuses surgissent à droite et à gauche. La crête est facile à suivre avant le dernier tronçon qui me donnera du fil à retordre, tant physiquement (je dois mettre les mains au sol pour escalader certaines parties) que moralement. Moi qui ai un peu le vertige, certains passages mettent mes nerfs à rude épreuve. Je sens mon cœur qui s’accélère (si si, c’est encore possible malgré l’effort de l’ascension) et ma respiration se fait plus rapide. Je m’arrête quelques secondes, prends une profonde inspiration en me disant que je suis capable et tente tant bien que mal d’atteindre ce maudit sommet. Chose que je fais en deux heures et trente-sept minutes après avoir quitté la voiture. Comme toujours, tous les efforts valaient le coup. C’est tellement beau !

Je fais une rapide pause déjeuner, guettant du coin de l’œil les nuages qui se font menaçants. J’étudie la possibilité de pousser jusqu’au vrai sommet, mais les crêtes aiguisées ne m’inspirent pas. Le seul autre chemin que je vois implique de redescendre de beaucoup pour ensuite remonter, et je n’ai plus l’énergie pour cela. Puis quelques gouttes commencent à tomber, je rebrousse donc chemin.

Une éclaircie juste au-dessus de moi pendant mon pique-nique.
Mont Adney – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Quitter mon perchoir ne se fait pas sans certaines difficultés et je dois prendre sur moi pour atteindre une partie non rocailleuse. Une fois sur l’herbe, je tente à nouveau mon application de localisation. Victoire, elle fonctionne à nouveau. Je suis donc la trace GPS pour le retour et la descente me semble bien moins raide que ce que j’avais dû monter. En revanche, je dois me battre avec les branches d’arbustes aussi hauts que moi, fait que je crie un Eeeeeeeeh oooooooooooooooh toutes les cinq minutes pour prévenir les éventuels ours de mon itinéraire. Peine perdue, à part quelques oiseaux et des picas, Ouna et moi ne voyons rien d’autre bouger, mais sait-on jamais : c’est l’attitude de base à avoir en randonnée ici.

Il y a rarement des sentiers au Yukon…

De nouveau dans la toundra bosselée, je sens ma cheville gauche qui commence à fatiguer. Il ne me reste que quelques centaines de mètres avant d’achever cette belle randonnée. Je traverse le ruisseau à nouveau, mais cette fois-ci que deux fois, aller comprendre ce que j’ai foutu !

Je quitte mes chaussures mouillées dès que j’atteins Rocky et m’en retourne au camping, me disant encore une fois que randonner hors sentier est bien plus exigeant que de suivre un chemin tout tracé. Outre les aptitudes d’orientation à avoir, le rythme est toujours beaucoup plus lent. Aujourd’hui, j’ai marché moins de 7 kilomètres et gravi plus de 600 mètres de dénivelés en 4 h 29… Tout est plus lent ici, le Yukon Time contamine même les randonnées !

On est bien installée au camping ! © Kelly Tabuteau

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