Avant le « grand » départ, semaine à Whitehorse et aux alentours

Dans cet article :

Le centre-ville de Whitehorse, vu depuis la crête de l’aéroport. © Kelly Tabuteau

Jour 18 (18 juillet 2022) : Journée calme à Whitehorse

La journée commence par une belle marche matinale autour du lac Long. Ça fait du bien de reprendre un semblant de routine, celle qu’Ouna et moi avions avant de commencer notre voyage : se lever, marcher, petit déjeuner, siester pour Ouna/travailler pour moi, marcher, …

Notre boucle achevée, je nourris Ouna, puis nous nous dirigeons en ville. Je prendrai mon petit déjeuner au Starbucks où je passerai la matinée. Je profite en effet du Wi-Fi pour appeler papa et maman, puis pour travailler sur le blogue.

En début d’après-midi, Ouna et moi allons marcher aux lacs Hidden, les lacs situés juste à côté de chez moi (enfin mon ancien chez moi… chez moi, c’est Rocky maintenant) et près desquels nous marchions si souvent. Ce sera la dernière fois avant un petit moment. Cela me fait bizarre de me dire que je ne les reverrai pas de sitôt, mais en même temps, j’ai tellement hâte de quitter le Yukon et de découvrir de nouveaux horizons. C’est assez paradoxal, tout comme les sentiments qui m’habitent.

Nous nous dirigeons ensuite vers la route du lac Fish, afin de trouver un endroit pour notre nuit. Je me gare à quelques centaines de mètres du départ de la randonnée que je souhaite faire le lendemain. Le coin est cependant infesté de moustiques, si bien qu’Ouna et moi trouvons refuge dans Rocky, malgré l’heure précoce. Je traîne un peu sur le téléphone et nous nous couchons de bonne heure.

Jour 19 (19 juillet 2022) : Randonnée sur la crête Jackson et montage du panneau solaire

Depuis le début du voyage, je me réveille relativement tôt, sans réveil (il faut dire que, seule, je me couche assez tôt aussi). Ce matin, à 8 h et quelque, je suis déjà sur le sentier de randonnée de la crête Jackson, une sortie facile car bien que longue (17 kilomètres), le dénivelé est graduel et la majorité de la marche s’effectue sur une route de quatre roues. Ce ne sont d’ailleurs pas les randonnées que j’affectionne le plus, mais il paraîtrait que la vue est belle, alors je la tente quand même.

C’est parti pour une randonnée matinale : direction la crête Jakson. – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Je marche donc sur la route de VTT (véhicule tout terrain) à un bon rythme, mais je suis vite cassée dans mon élan : après un kilomètre, le lac Franklin déborde sur le chemin et l’inonde complètement. Je monte donc sur le talus opposé faisant un peu de bush walking, puis finis par trouver un semblant de sentier peu marqué et très étroit, qui rejoint une autre piste de quad. Environ 500 mètres plus loin, cette piste relie la « route » principale, qui, à ce niveau, est libre de toute eau.

Je poursuis l’ascension, d’abord en forêt, donc sans vue. La végétation s’espace de plus en plus, jusqu’à me permettre d’apercevoir le lac Fish en contrebas. Devant moi, j’imagine la crête que nous allons gravir.

Après près de 7 kilomètres, je quitte enfin la route pour m’élancer hors sentier à l’assaut de la crête. Le rythme de marche ralentit : ici, le sol est mou et herbeux, il faut trouver son chemin pour éviter de traverser des champs d’arbustes, puis tenter de prendre la voie la plus facile à travers un petit pierrier. Ouna, sur ces quatre pattes, avance vite ; moi, beaucoup moins.

Une fois le pierrier passé cependant, l’évolution est rapide puisque la pente sur la crête est douce et que le sol est herbeux. J’atteins le cairn du « sommet » en deux heures et trente minutes de marche. Perchée aussi haut, je contemple le lac Fish, les lacs de Bonneville et la vallée Ibex. Je me le suis dit plusieurs fois au cours des dernières semaines, mais le Yukon porte vraiment bien son slogan : Yukon Larger Than Life, traduit en français par le Yukon, Plus grand que nature. Les paysages que j’ai sous les yeux s’étendent à perte de vue ! Quelle immensité !

Après une petite collation en plein vent, Ouna et moi retournons sur nos pas pour retrouver Rocky, qui nous attend bien sagement quelque 8,5 kilomètres plus loin. Le début de la descente est un peu chaotique. J’arrive à contourner le pierrier afin d’avancer plus vite, mais je me retrouve en plein les arbustes et suis obligée de faire un peu de bush walking. Au loin, je vois le chemin de quatre roues, alors je tente de garder l’objectif en vue tout du long. Sur la piste, je reprends ma vitesse de croisière en contemplant les paysages alentours, avant d’entrer à nouveau dans la forêt et de ne plus avoir de vue. La descente est longue et monotone, je m’ennuie un peu et en profite pour laisser des messages vocaux à plusieurs personnes avec lesquelles je n’avais pas échangé depuis un petit moment.

De retour à la voiture, je file en ville acheter quelques éléments de quincaillerie pour monter le panneau solaire sur mon coffre de toit. Je retourne ensuite à mon ancienne maison, déjeune, prends une douche, lance une machine à laver, puis, avec l’aide de William, nous nous attelons à la dernière tâche pour que Rocky soit finalisé.

J’avais repéré une vidéo YouTube d’un mec qui montait son panneau solaire sur son coffre de toit, pour la deuxième fois (s’il le refait, c’est que ça avait bien fonctionné sur son véhicule précédent). William et moi nous sommes donc inspirés de lui pour mon montage. Après quelques heures de travail, Rocky is ready to rock, et moi, je quitte la maison pour nous trouver une place où passer la nuit.

Nous sommes enfin complètement autonomes ! © Kelly Tabuteau

Il est près de 19 h et l’endroit que j’avais en tête est déjà occupé par plusieurs véhicules. Je cherche donc un autre site dans le coin et finis par trouver un emplacement qui fera l’affaire. Probablement le moins bon depuis que j’ai commencé ce voyage, mais je suis toujours dans la nature. #HappyKelly

Jour 20 (20 juillet 2022) : Planification de la suite du voyage

Direction le garage ce matin : Rocky a soif et réclame de l’huile neuve. Je demande au concessionnaire s’il pourrait regarder le code d’erreur lié au voyant sur mon tableau de bord, mais il me dit ne pas avoir le temps. J’suis un peu énervée car juste lire le code ne prend que quelques minutes… je voudrais juste savoir si je peux continuer à rouler ou si je dois attendre avant de continuer mon road-trip. Bref, il campe sur sa position et je n’ai d’autre choix que de l’accepter. Pendant que les mécaniciens s’occupent de Rocky, je bouquine et Ouna devient la mascotte du concessionnaire : tout le monde veut la caresser et elle ne se fait pas prier.

Ensuite, je m’installe dans un café pour travailler sur le blogue. Si j’écris régulièrement, la relecture, le choix des photos et la mise en page finale prennent du temps. Je profite donc de cette journée calme pour avancer au plus que je peux. Ouna, elle, sieste dans la voiture.

Nous allons ensuite nous dégourdir les jambes sur la crête de l’aéroport. Le sentier n’est pas exceptionnel, mais les vues sur le centre-ville de Whitehorse et les montagnes environnantes sont chouettes. J’aime venir ici, ça me rappelle à chaque fois que la ville de Whitehorse s’est développée autour du fleuve Yukon, en plein milieu de nulle part, et que c’est justement cet emplacement privilégié que j’affectionne tant.

L’après-midi, Ouna et moi nous installons au Centre des visiteurs de Whitehorse afin de planifier la suite du voyage. Si l’itinéraire est globalement tracé, mais sujet à modification en fonction de notre humeur et de la météo, je n’ai pas fait beaucoup de recherches sur les randonnées que j’aimerais faire. Cet après-midi, je débroussaille un peu le terrain, profitant d’une bonne connexion Internet. Car, dès que je quitterai la ville du Cheval Blanc, ma connexion sera limitée, du moins, jusqu’à ce que j’arrive en Alberta. De toute façon, il bruine aujourd’hui… ce n’est pas vraiment agréable d’être dehors…

Ce soir, nous dormirons au camping territorial du ruisseau Wolf où je pourrai aller marcher avec Ouna sur une boucle de six kilomètres. Arrivée sur place, vers 17 h, je crains de ne pas trouver d’emplacement car il y a du monde. Il faut dire que le camping est idéalement situé à une quinzaine de kilomètres de la ville, permettant ainsi aux résidentes et résidents de jouir du sentiment de vacances en camping (toujours avec le confort rudimentaire des toilettes sèches sans eau courante ni électricité), tout en travaillant.

Je dégote le dernier emplacement disponible et installe Rocky de façon à être à plat. Il n’est pas parfait, surtout au niveau intimité (je donne littéralement sur le camping-car du voisin), mais pour une seule nuit, ça le fera. Surtout qu’il pleut toujours et qu’aujourd’hui, la saison 4 de Virgin River est sortie. Ce sera donc une soirée Netflix dans Rocky ! Avant cela, j’enfile mon imperméable et m’élance, accompagnée d’Ouna, sur le sentier Tàgá Shro.

Jour 21 (21 juillet 2022) : Montana Mountain en bonne compagnie

Je pars en weekend de quatre jours avec mon amie Marie-Claude. Nous avons prévu dormir au camping territorial Conrad, de randonner et de pagayer ! Aujourd’hui, nous prévoyons gravir la montagne Montana.

Nous nous retrouvons à 9 h au cut-off (la jonction de la route de l’Alaska avec la South Klondike Highway). De là, nous nous nous suivons jusqu’à Carcross, car, avec mon aménagement, il n’y a pas vraiment de place dans Rocky pour mettre les affaires de Marie-Claude, puis Rocky finit les derniers huit kilomètres seul, car la route de graviers est un peu difficile. Il n’y a donc pas vraiment de raisons de monter à deux voitures.

Nous sommes obligées de nous arrêter deux kilomètres avant le départ officiel de la randonnée à cause d’un glissement de terrain qui rend la piste trop étroite pour l’empâtement de Rocky. Nous nous garons, puis commençons à marcher.

Ces premiers kilomètres sur la vieille route minière sont faciles. Nous surplombons des vallées entourées de montagnes et nous en prenons déjà plein les yeux. J’apprécie aussi la compagnie : après des kilomètres de marche seule depuis ce début de voyage, c’est plaisant de partager une randonnée avec une amie.

Nous devons ensuite traverser une pente sablée dans laquelle nous devinons un semblant de sentier, formé par le passage de nombreuses personnes avant nous. La suite est toujours facile, les trois quarts de la randonnée se faisant sur des pistes abandonnées de quatre roues.

Nous quittons enfin la route et bifurquons sur la crête rocailleuse qui nous mènera au sommet. Nous devons trouver le meilleur chemin entre les roches, les névés, la neige fraîche de la veille et le vent qui nous malmène. À mesure que nous montons, les vues s’ouvrent de plus en plus et le spectacle est magique. Nous n’avons pas encore vu le sommet de Montana Mountain puisque celui-ci joue à cache-cache avec les nuages depuis ce matin, mais nous apercevons les lacs Bennett et Nares. C’est vraiment beau !

Plus haut, les roches sont recouvertes d’une végétation humide qui me font penser à des algues (ça doit être pas mal tout le temps mouillé dans le coin !). Notre progression est un peu plus complexe, car nous devons assurer nos appuis pour ne pas glisser. Les nuages ne cessent de défiler, nous ouvrant çà et là de beaux panoramas. Ils semblent néanmoins toujours coller au sommet. Nous en faisons fi et continuons notre avancée.

Nous atteignons à présent un plateau sur lequel le soleil tente de percer la mer blanche des nuages. Nous décidons de couper directement vers l’ascension finale. Juste au pied du « mur », les nuages se lèvent enfin et un beau ciel bleu nous guide vers le sommet. Marie-Claude gambade dans ce terrain qu’elle affectionne particulièrement, malgré la pente ardue. Moi, je prends davantage mon temps, protégeant ma cheville gauche que je sens un peu fatiguée. C’est raide et les roches sont instables. Clairement, je ralentis le rythme. Je tente de suivre Marie-Claude qui est déjà bien devant tout en évitant les patches de neige fraîche. Les nuages reviennent et j’avoue être un peu découragée.

À l’arrivée au sommet, les nuages se lèvent pour de bon ! © Kelly Tabuteau

Enfin, le temps semble se dégager pour de bon, juste au moment où nous atteignons le sommet. Que c’est beau ! Une vue à 360° s’offre à nous et je ne sais où poser les yeux. Je suis émerveillée et tellement contente d’avoir enfin atteint ce sommet, un que je voulais grimper depuis plusieurs années déjà. Je ne fais que rabâcher les oreilles de Marie-Claude avec mes « c’est trop beau » et « oh, et regarde par là ».

Nous prenons notre pause déjeuner, légèrement sous le sommet, à l’abri du vent, puis amorçons la descente. Nous prenons notre temps sur la partie la plus raide, puis revenons à un rythme un peu plus soutenu pour la suite. Nous papotons, tout en profitant des paysages.

Nous revoilà sur la route minière où nous avançons d’un bon pas. À quatre kilomètres de l’arrivée, nous refaisons une mini pause collation, histoire de reposer nos pieds, puis finissons cette randonnée le sourire aux lèvres.

Je redépose Marie-Claude à sa voiture, puis nous nous dirigeons vers le camping. Il ne reste plus qu’un seul emplacement que nous nous empressons d’occuper. Il est 19 h passées et nous nous attelons au dîner. Au menu ce soir, riz complet accompagné de champignons, haricots verts, sauce tomate et fromage : un vrai repas de championnes après notre grosse rando du jour.

Nous ne faisons pas long feu et à 21 h, nous rejoignons chacune nos quartiers pour la nuit.

Jour 22 (22 juillet 2022) : Paddle sur le mythique lac Emerald

Nous avions prévu une journée tranquille avec Marie-Claude. La météo est d’accord avec nous, car, dès le matin, il pleuviote. Nous prenons donc notre temps pour petit-déjeuner, puis tranquillement pas vite, nous nous dirigeons vers le lac Emerald, le plus célèbre lac du Yukon, pour faire un tour de paddle. Peu avant Carcross, nous apercevons un cycliste arrêté sur le côté de la chaussée qui regarde dans le fossé, d’où nous apercevons une tête d’ours. Le cycliste n’a pas l’air d’avoir besoin d’aide alors nous continuons notre route.

Sur place, le vent chasse notre motivation et nous nous rabattons sur une petite marche dans le village de Carcross. La pluie redouble d’intensité si bien que Marie-Claude va s’acheter un café à Caribou Coffee, tandis qu’Ouna et moi l’attendons dans le Centre des visiteurs du village. Là, on fait la rencontre d’un allemand, la cinquantaine passée, qui connait le Yukon sur le bout des doigts et nous échangeons quelques anecdotes sur notre randonnée de la veille et l’absence de baies et de champignons à une période où les deux devraient apparaître.

Enfin, la pluie cesse et nous nous aventurons dans les rues de Carcross que nous connaissons déjà bien, mais dans lesquelles nous ne nous lassons pas de marcher. Le village est petit, nous faisons une petite pause sur la plage du lac Bennett où Ouna trouve un copain pour jouer. Ce dernier est d’ici, sans humain autour, et il semble vaquer à ses occupations comme bon lui semble, si bien qu’il nous suit sur tout le trajet retour jusqu’à la voiture, reniflant le derrière d’Ouna. Je vois bien qu’elle n’aime pas ça alors je tente de faire partir le malpoli. Il reste, mais laisse tranquille les fesses de ma chienne, une demi-victoire donc !

Sans pluie, la motivation pour faire du paddle revient et nous retournons donc au lac Emerald. Pendant que nous gonflons nos paddles, nous nous faisons bouffer par les moustiques. Moi qui pensais que le pire de la saison était derrière nous, je me suis bien trompée… Après un petit quart d’heure, nous montons sur nos embarcations et c’est parti !

Souvenir du lac Emearld – Août 2018. © Kelly Tabuteau

S’il ne pleut plus, le vent, lui, est toujours là et certaines portions du lac demandent de gros efforts de pagayage pour avancer. Les vaguelettes malmènent nos planches, si bien que nous sommes obligées de repasser sur les genoux. Après une première boucle, Marie-Claude veut continuer, moi, je ne suis pas trop certaine. J’avoue que la paddle est un sport nouveau que j’associe à une activité calme, sous le soleil de préférence et un lac au reflet miroir. Dans ces conditions, je trouve cela tellement relaxant… tout l’opposé d’aujourd’hui. Mais, nous ne pagayons que depuis une demi-heure, alors je me laisse convaincre d’une nouvelle bataille avec les rafales.

Nous retournons au camping vers 16 h où nous prenons une collation conséquente (assez même que je ne dinerai pas ce soir) et passons le temps. Karly, Clément et William doivent nous rejoindre ce soir pour passer le week-end ensemble. Ils débarquent peu avant 20 h et nous discutons de nos options pour le lendemain.

Nous avions en effet prévu une randonnée de deux jours avec nuit en bivouac mais les prévisions météorologiques annoncent de la pluie pour dimanche, ce qui, après la journée d’aujourd’hui, ne me tente pas vraiment. Après un tour de table, nous décidons donc de transformer notre sortie en une randonnée à la journée. Nous aviserons dimanche matin que faire selon le temps.

Avant de se coucher, nous partons tous les cinq, avec Baloo et Ouna, pour une balade au site historique Conrad, accessible depuis le camping. Quand les mines du coin étaient opérationnelles, Conrad était une véritable petite ville. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques ruines, autour desquelles quelques emplacements ont été aménagés pour planter sa tente.

Jour 23 (23 juillet 2022) : Randonnée épique dans le coin du pic Paddy

La veille, nous avions convenu de quitter le camping vers 8 h 30 pour nous rendre au départ de la randonnée du pic Paddy, à une trentaine de minutes de voiture de là, en Colombie-Britannique. À 7 h, tout le monde est déjà bien réveillé et s’active pour être prêt en temps voulu.

William a été malade toute la nuit et a une petite mine ce matin. Il hésite à nous accompagner sur la rando. Nous prendrons donc deux voitures au cas où il décide de faire demi-tour. À 8 h 35, nous voilà en route vers le lac Tutshi, sur la South Klondike Highway, une de mes routes préférées du Yukon, où l’ocre des roches se mêlent aux nuances de vert de la végétation, au bleu profond des lacs que nous longeons et à l’azur du ciel.

South Klondike Highway – Juillet 2022. © Kelly Tabuteau

Les sept premiers kilomètres de la randonnée se font sur une vieille route minière, avec une pente tantôt douce, tantôt à pic. Au bout, 700 mètres plus haut, un lac alpin surplombé par un petit glacier. Ce sera notre premier arrêt avant de décider de la suite. La montée se fait relativement vite, entre papotages et belles vues. Et pour notre plus grand plaisir, les moustiques ont décidé de nous laisser tranquilles ce matin.

L’arrivée au lac est magique. J’entends mes ami·e·s lancer des « wow, c’est malade » … Je suis moi-même subjuguée par le lieu, entre l’intensité du turquoise de l’eau, mise encore plus en valeur grâce au soleil, le glacier recouvert de roches et les névés entourant les pentes du lac.

© Kelly Tabuteau

Sur les hauteurs, nous trouvons un petit banc où nous décidons de prendre notre pause déjeuner. Nous mangerons face au pic Paddy et au lac, en discutant de la suite de la journée. Deux tendances se dégagent : tenter l’ascension du pic bien que le sommet soit dans le nuage depuis le début de la journée ou gravir une crête à l’opposé.

© Kelly Tabuteau

J’avais déjà essayé d’atteindre le pic à l’été 2020, sans succès. Devant la difficulté de l’ascension finale, j’avais finalement opté pour une crête proche du sommet qui m’avait offert de magnifiques panoramas sur la fin du lac Bennett, des montagnes enneigées et des glaciers.

Aujourd’hui, je me sens fatiguée et ma cheville est un peu douloureuse. J’écoute mon corps et préfère gravir une autre crête que d’investir de l’énergie pour un sommet où je risque de ne pas avoir de vue. Le groupe décide de se séparer : Karly, Clément, Marie-Claude et Baloo tenteront le sommet alors que William, Ouna et moi irons sur la crête opposée au pic.

L’ascension pour rejoindre la crête est assez difficile, le terrain n’est pas très stable et la pente est raide. Nous prenons notre temps, un pas après l’autre, une respiration après l’autre. Doucement mais sûrement donc, nous atteignons une zone herbeuse qui nous permet de poursuivre notre avancée plus facilement. À mesure que nous montons, l’horizon s’ouvre sur notre droite et mes yeux fusent dans toutes les directions pour capter la beauté des paysages.

De là, nous continuons à monter, mais devons nous aider des mains. Le terrain devient plus accidenté et je dois prendre sur moi pour mettre un pied devant l’autre. William est à l’aise et file devant me montrant par où passer. J’aimerais arriver au bout de la crête mais je renonce devant un obstacle qui me semble dangereux : il faut redescendre légèrement vers un mini col surplombant des pentes à pic de part et d’autre, puis remonter sur un sol qui semble super glissant… Je n’ai pas envie de prendre de risques inutiles alors je propose à William de l’attendre ici s’il veut continuer.

Il décide de s’arrêter là aussi et nous rebroussons chemin jusqu’au lac où nous faisons une pause collation en attendant Karly, Clément et Marie-Claude. Nous arrivons au pied du lac en même temps qu’une maman et ses trois filles venues camper. Quel courage !

Nous sommes cependant en plein vent et commençons à avoir froid. Après quarante-cinq minutes, nous nous remettons en marche pour trouver un endroit à l’abri des rafales. Au loin, deux quads arrivent dans notre direction, derrière eux, perché sur une petite colline, un majestueux caribou. Je rattache Ouna au cas où il y en aurait d’autres dans le coin.

Le temps semble s’être arrêté pendant que nous attendons à nouveau. William s’endort alors que j’aperçois quelques caribous au sommet d’une montagne. Ils sont minuscules d’où je suis, mais je suis heureuse pareil. Enfin, après une cinquantaine de minutes, j’entends des voix et aperçois nos partenaires de rando. Nous partageons nos expériences tout en amorçant la descente. Je suis plus lente que je l’aurais voulu et ferme la marche car ma cheville, refroidie après ces longues pauses, est figée et douloureuse.

Dernière ligne droite pour finir cette belle randonnée. © Kelly Tabuteau

Nous bouclons la randonnée en 9 h 40. Après quelques étirements rapides, nous retournons au camping où une belle soirée s’annonce.

Jour 24 (24 juillet 2022) : Au revoir, les ami·e·s

Je suis réveillée par la pluie vers 5 h du matin, bien contente que nous n’ayons pas dormi en haut d’une montagne. Je réussis à me rendormir et émerge vers 8 h, toujours sous la pluie. Karly, Clément et William sont déjà prêts à partir alors que Marie-Claude se lève à peine. Nous nous disons au revoir, et je reste pour aider Marie-Claude à ranger son abri qui nous a bien servi.

9 h 30, nous quittons le camping, direction Whitehorse, toujours sous la pluie. La journée va être calme. Je m’installe dans un café pour passer le temps au sec. J’en profite pour mettre à jour mon carnet de route, dans lequel je n’ai pas écrit depuis plusieurs jours.

En milieu d’après-midi, je vais faire quelques courses pour remplir mon frigo en prévision de mon départ le lendemain. Je m’arrête ensuite à mon ancien chez moi pour prendre une douche, puis conduis jusqu’au lac Chadburn où j’organise un petit pot de départ. Je vais marcher avec Ouna, puis prépare une salade de riz en attendant mes invité·e·s. Plusieurs se décommandent à la dernière minute si bien que nous n’allons pas être beaucoup.

© Kelly Tabuteau

William arrive le premier. Équipé comme personne, il possède un liseur de codes et je vais pouvoir savoir quel est le problème avec ma voiture. P0172 et P0175 : problème au niveau du mélange air-carburant du moteur de la voiture, ce qui expliquerait le son étrange que Rocky fait au démarrage. Selon William, ce n’est pas d’une extrême gravité et je peux continuer mon road-trip en réglant le problème à mon prochain changement d’huile.

Karly et Clément arrivent, suivis par Marie-Claude puis Stéphanie. Nous passons un dernier bon moment ensemble. À 19 h 30, tout le monde retourne chez soi, excepté moi qui dors sur place. J’ai un petit pincement au cœur de dire au revoir, mais je n’aurais pas pu rêver d’un meilleur dernier week-end à Whitehorse. Je suis aussi excitée par ce que demain signifie.

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