Ces rencontres qui changent un PVT…

 

Et on sait tous que certaines peuvent marquer un quotidien, bouleverser le cours de ce qu’on avait prévu… car après tout, c’est ça, la vie !


Depuis que je suis au Yukon, le moins que l’on puisse dire, c’est que, j’en ai fait des rencontres. Des éphémères, simples voyageurs ayant Whitehorse sur leur itinéraire, des un peu plus durables mais qui prennent fin à un moment ou à un autre, ou encore celles qui enrichissent toujours mon quotidien. Peu importe l’origine de la rencontre, ou encore comment la relation s’est achevée, il n’en reste pas moins que toutes ces personnes m’ont profondément marquée et ont donné un tout autre sens à mon PVT Canada.


Marcelle, Filou, Kaltag et les autres

Je m’en souviens comme si c’était hier : l’excitation du départ, le souffle coupé en survolant le Groenland, l’émerveillement à l’approche de Whitehorse devant tant d’immensité, et puis la rencontre avec Marcelle, la personne qui allait marquer les deux premiers mois de mon aventure. Marcelle a quitté la Suisse à l’âge de quarante ans pour s’installer au Québec. Là, elle a développé son activité de traîneau à chiens, mais aussi sa passion pour les courses, ce qui l’a poussée à déménager. Et c’est maintenant au Yukon qu’elle vit, avec son compagnon Gilles et sa meute. Et si je n’avais pas pu rencontrer les chiens dès mon arrivée, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour commencer à appréhender l’équipe. Dès le lendemain, je faisais connaissance avec eux, et comme un signe, mon attention a tout de suite été attirée par Filou. Filou, c’était le nom de mon premier animal domestique quand j’étais plus jeune. D’accord, ce n’était pas un chien, mais un cochon d’inde… Et alors ? Peu importe la taille de l’animal, j’ai développée avec ces deux boules de poil une complicité que je ne peux expliquer et je me demande encore si leur prénom y était pour quelque chose… Bref, pendant ces deux mois, j’ai partagé la vie de Marcelle, confrontée aux réalités du métier de musher (dont je connaissais déjà certaines facettes grâce à mes expériences en France avec Mush & Rando). J’y ai fait la connaissance d’une femme déterminée, « tough » comme on dit ici, et qui m’a beaucoup appris sur l’entraînement et les soins des chiens…



Cathy et les copains du cours d’anglais

Plongée en milieu francophone chez Alayuk, j’ai vite réalisé que je devais faire quelque chose pour mon anglais, qui, déjà que pas très riche, ne s’améliorerait pas pendant mon volontariat. Quand j’ai appris que le centre multiculturel offrait des cours gratuitement aux nouveaux arrivants, je n’ai pas hésité longtemps. Cela m’a permis de revoir les notions de base, de communiquer dans la langue de Shakespeare et ainsi de me donner légèrement plus confiance pour m’exprimer. Mais cela a surtout été l’occasion d’autres belles rencontres.

D’abord, celle de Cathy, mon enseignante. Canadienne et professeure depuis des années, elle ne partage pas que l’apprentissage de sa langue avec ses étudiants. Elle a en effet passé une bonne partie de sa vie à enseigner dans les communautés reculées du Yukon, notamment à Old Crow. Je retiens d’elle sa passion pour son métier, son dévouement sans faille envers ses étudiants et ses bribes d’histoires de vies partagées une fois la relation professeure-élève achevée.

Et puis, il y a eu la rencontre avec les autres étudiants. Tous de nationalités différentes, nous n’avions pas le choix que de communiquer en anglais pour nous comprendre. Nous formions notre petite communauté, celle qui m’apportait tant dans les moments de doute. Quand l’hiver battait son plein et que je n’avais pas encore trouvé de travail après la fin de mon bénévolat, me rendre à mon cours d’anglais était ma bouffée d’oxygène de la journée. Outre le fait d’y croiser des personnes riches humainement, je m’y suis fait des amis. Et puis, côté matériel, c’est aussi grâce à certains d’entre eux que j’ai trouvé un toit où m’abritait jusqu’en avril !

Cathy
©Kelly Tabuteau


Gérard

J’ai croisé la route de Gérard, un peu par hasard, lors de mon expédition sur la Dempster. Exilé dans le Grand Nord, dans la quiétude entourant Benson Creek, c’est un homme passionnant et passionné qui ouvre volontiers les portes de sa fuste. Dedans, on y retrouve toute la simplicité qui caractérise la vie ici haut, tout comme celle de l’homme qui y habite. Je pourrais rester des heures à l’écouter parler de ses nombreuses aventures et péripéties, sous le charme de l’endroit, buvant ses paroles qui me fascinent tant. Je ne peux expliquer le sentiment de sérénité qui m’habite quand je me rends au kilomètre 29 de l’autoroute Dempster ! D’abord quatre jours fin novembre 2016, j’y suis retournée pour le Nouvel An, quelques semaines après. J’ai aimé couper du bois pour le poêle, pomper l’eau de la rivière pour le sauna (qui fait aussi office de douche), rendre visite à ses amis en motoneige, sur le fleuve Yukon, et revenir, toujours en motoneige et toujours sur le fleuve Yukon, au centre-ville de Dawson, illuminé par le feu d’artifice du 31 décembre… Un brin nostalgique, j’aime repenser à tous ces moments, attendant avec impatience ma prochaine rencontre avec cet homme au cœur si généreux.



Chrystelle, Thomas et Jim

Février 2017, départ de la Yukon Quest 300. Thomas s’affaire près de son traîneau, entassant tout son matériel ; le stress, la concentration et l’excitation se lisent sur son visage. Chrystelle, elle, s’occupe des chiens et Jim, lui, joue aux alentours. Voilà mon premier aperçu de cette famille française de mushers, installée au Yukon depuis plus de deux ans. Quelques mots échangés avec Thomas pour lui souhaiter bonne chance, une conversation plus longue avec Chrystelle, et j’étais déjà conquise par leur vision du mushing, qui se rapproche tant de la mienne. Et puis, il y a eu cette sortie en traineau, fin février. Une journée de folie où les paysages étaient sublimés par la technicité de la piste, où la rencontre avec leur meute était ce qui me manquait depuis novembre et où la vie « off the grid »(1) m’apaisa l’espace d’une journée… En soi, un vrai coup de cœur… qui ne fait que se confirmer avec le temps. Johanna, blogueuse PVTiste, les a aussi rencontrés au printemps dernier et en parle dans un de ses articles. Elle semble, elle aussi, être sous le charme !



Hannah

Aujourd’hui amie et collègue, Hannah a été la première personne rencontrée lors de mon retour à la « civilisation » après mes deux mois sur Annie Lake Road. Outre le soutien dans ma recherche d’emploi qu’elle m’a apporté dans le cadre de ses fonctions, elle m’a également permis de mieux me comprendre grâce au MBTI (l’indicateur de type de Myers et Briggs, un outil permettant de connaitre son type de personnalité). Cela m’a beaucoup aidée, tant sur le plan professionnel que personnel. Ses conseils, sa patience et sa générosité ont transformé notre relation employé-client en une amitié plus durable. Française, elle est installée au Yukon depuis plus de vingt ans maintenant, et ce que je retiens de nos balades occasionnelles avec les chiens, c’est nos discussions, à refaire le monde ensemble.

Hannah
©Kelly Tabuteau


Les autres PVTistes et voyageurs

Il y en a beaucoup qui ont croisé ma route en quinze mois : des rencontres virtuelles devenues réalité ou des plus spontanées et inattendues. À leur manière, chacune m’a apporté et continue aujourd’hui de nourrir mon quotidien. Parmi elles, il y a Camille, cette PVTiste belge qui est toujours partante pour tout, avec un sourire plaqué sur ses lèvres et sa bonne humeur communicative. J’ai passé énormément de temps avec elle, à patiner, à randonner, ou alors simplement à partager un chocolat chaud devant un film ou une partie de crib(2) – maintenant qu’elle s’est installée à Dawson, on se voit moins (forcément) et elle me manque vraiment – ;  Damien, un autre PVTiste belge, passionné de pêche et de sport de plein air, mon acolyte pour des week-ends rando ou des soirées cinéma ; Anne, reporter PVTiste française, rencontrée sur la toile via pvtistes.net puis en chair et en os fin août, une fois que sa grande traversée du Canada l’a menée jusque Whitehorse, rencontre brève mais intense… ; et puis, il y en a plein d’autres. Certaines m’ont fait grandir, m’ont poussée à sortir encore plus de ma zone de confort ; d’autres m’ont amenée à me remettre en question, à m’interroger sur le sens du voyage, du blogging, ou de la vie en général (et sur ce dernier point, j’adore l’article de Cédric, qui raconte une de ses expériences qui l’a profondément touché, entre rencontre et partage, dans le froid du Nunavut). Loin de chez soi, de ses repères et de ses proches, on ne réalise pas à quel point toutes ces relations sont importantes, et que, même si la rencontre est éphémère, les liens noués sont, eux, décuplés par rapport à la vie normale…

Il y en aurait encore beaucoup à citer, comme Michael, l’ancien rédacteur en chef de What’s Up Yukon qui m’a permis d’être publiée en anglais ; Sébastien, le musher-compétiteur qui m’a accueillie dans sa cabane près de Tagish et fait partager ses préparatifs de la Yukon Quest avec sa meute fantastique ; ou encore, Justin Trudeau, premier ministre actuel du Canada, lors de son passage à Whitehorse.

Justin Trudeau
©Kelly Tabuteau

Et bien sûr, je ne pouvais pas finir cet article sans parler de mon Homme, celui avec qui je partage tant de choses ici, qui m’apprend à m’affirmer, à m’accepter et qui, tout simplement, me donne des ailes pour aller plus loin… Même si l’arrivée de l’hiver a tendance à ralentir tout mouvement…



« Toutes les rencontres sont inoubliables, même quand on en croit les avoir oubliées. Il y en a cependant qui nous bouleversent profondément, qui changent notre manière de voir, de penser, de réagir. »,Une lecture inoubliable, Jean-Paul Nozière.



(1) : déconnecté, sans électricité, et par extension, sans eau courante.
(2) : jeu de cartes canadien, très populaire.


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