Vie yukonnaise #4 – Communiquer

 

Je suis libre de mes mouvements, enfin autonome ! Encore faut-il pouvoir se faire comprendre par les autochtones pour profiter des nouveaux horizons qui s’offrent à moi…

Quand je parle des autochtones, je parle bien sûr des yukonnais ! En partant affronter le Grand Nord, j’avais bien conscience que je me dirigeais vers une contrée où l’anglais régnait en maitre. Si je souhaitais m’intégrer à cet endroit, il me faudrait donc apprendre à communiquer dans cette langue.

Pourtant, depuis 1969, le Canada a adopté la loi sur les langues officielles, donnant à la langue de Molière le même poids que celle de Shakespeare. Alors, si la majorité des emballages et des messages gouvernementaux proposent une écriture dans les deux dialectes, la population est loin d’être bilingue. Réussir à avoir une conversation, en français, dans une province historiquement anglophone, n’est pas chose facile… surtout dans le fin fond de l’Ontario ou du Manitoba. Encore une fois, le Yukon fait exception à cette règle…

Et oui, de nombreux francophones ont élu domicile au sein (et aux alentours) de la ville du Cheval Blanc. Ils y forment une solide communauté, composée de franco-canadiens, de québécois, et de tout autre peuple ayant le français pour langue maternelle. Lors de mes premiers pas en centre-ville, cela n’a donc pas été une grande surprise de tomber nez-à-nez avec le Centre de la Francophonie, un grand bâtiment blanc et bleu, qui héberge l’Association Franco-Yukonnaise et le siège du journal bimensuel « L’Aurore Boréale ».
Son rôle ? Renforcer la vitalité de la communauté.
Par quels moyens ? En organisant des évènements en tout genre : concerts, repas, projections de films, … mais aussi, en proposant de nombreux services tels que l’aide à la recherche d’emploi ou l’apprentissage de l’anglais.

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Ayant dit cela, je dois cependant préciser que le Yukon reste connu pour être une province anglophone. La vie s’y déroule, ainsi, dans une atmosphère « so english ». Quand j’ai débarqué sur le sol canadien, j’avais l’impression que mon niveau d’anglais se limitait à « Hello, my name is Kelly. How are you today? ». J’interprétais même ma rencontre avec le seul douanier bilingue comme un signe, un signe que je n’étais pas encore prête à vivre dans un environnement si différent du mien. Et pourtant, il y a huit ans, j’avais réalisé un stage dans un Conseil Régional en Angleterre pour, justement, m’améliorer ; et pourtant, je visionne, depuis longtemps, des films et des séries en VOSTFR(1)… Toujours est-il que j’avais le sentiment d’avoir perdu le peu acquis depuis ces années. Puis, ce n’était pas à Alayuk que j’allais progresser. À part en apprendre davantage sur le monde des mushers (ce qui est quand même la raison première de ma présence ici) et choper des expressions franco-suisse-québécoise, ce n’était pas le lieu où je pratiquerais. Il fallait donc que je trouve rapidement une solution pour pouvoir communiquer avec autrui en me sentant à l’aise, et surtout, pour pouvoir exprimer tout ce que la pipelette qui sommeille en moi souhaitait dire. Je devais prendre des cours !

Et à ce niveau-là, il y a le choix à Whitehorse !

  • L’association franco-yukonnaise offre des forfaits de neuf séances, hebdomadaires, allant d’une à deux heures, dépendamment de son niveau et de l’heure de la journée. Pour cela, il faut débourser entre 135 et $260. Très tentant ! Une seule session par semaine ne me paraissait néanmoins pas suffisante pour progresser rapidement…
  • Le Yukon College, l’université du coin, a ouvert, depuis quelques temps, des classes « ESL »(2). Bien que quotidiennes, leurs horaires ne sont pas très compatibles avec mes tâches de handler.
  • Le Centre Multiculturel du Yukon, propose, lui, de nombreux services, gratuitement, à tous les immigrés (francophone ou non), et notamment, celui d’approfondir son anglais.

Avec mon PVT Canada, et l’intention de rester la majorité de sa durée au Yukon, j’avais accès aux enseignements du MCY(3). Après un test d’une petite heure, le CLBPT(4), je me retrouve à intégrer le groupe des « forts » (Me? No self-confidence? Nooo…)(5), dont les cours se déroulent du lundi au jeudi de 17h30 à 20h30. La seule obligation, pour rester inscrite, est de s’y présenter au moins deux fois. Souhaitant mettre toutes les chances de mon côté, je décide d’y aller, tant que mon emploi du temps me le permet, les quatre soirs de la semaine.

On y parle tous types de sujets : politique, poésie, environnement, … et le mercredi, c’est « Grammar Night ». On reprend les bases ! Parfois, j’ai l’impression de retourner en 4ème quand j’apprenais telle ou telle leçon… Mais ce sont ce genre d’erreurs qui me « trahiront » plus tard quand je deviendrai « fluent »(6).

Et finalement, pour moi, ce sont bien plus que de simples cours d’anglais. Alors oui, bien sûr, je progresse (du moins, pas aussi vite que je le voudrais… patience Kelly, patience !), mais c’est surtout ma vie sociale qui renait. J’y fais la connaissance d’Audrey, une française expatriée depuis huit ans, de Tomomille, une japonaise également en PVT, de Paul, un infirmier philippin, de Sophie, une québécoise hésitant à s’installer ici, et de tous les autres. En tout, nous sommes une petite dizaine, et même si nous sommes rarement tous ensemble, tous les soirs, chacun partage son expérience, ses galères en arrivant au Yukon et ses doutes sur l’avenir. Ces trois heures quotidiennes sont une bouffée de chaleur humaine !

Nous ne parlons pas la même langue. Seulement, pour nous comprendre, et échanger des bribes de vie, nous devons utiliser l’anglais. Qui a dit que la communication était vraiment la base de toute relation humaine ?

« Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même ? »,
Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson.

(1) : Version Originale Sous-Titrée en FRançais.
(2) : English as a Second Language // Anglais comme une seconde langue.
(3) : Multicultural Centre of Yukon // Centre Multiculturel du Yukon.
(4) : Canadian Language Benchmarks Placement Test // Test de Placement de Référence de la Langue Canadienne.
(5) : Moi ? Aucune confiance en soi ? Nooon…
(6) : Parler couramment anglais.


12 réflexions sur “Vie yukonnaise #4 – Communiquer

      1. Yes, I mean I’m trying to be fluent haha I worked in London, it helps a lot! But yes my first volunteer experience in Canada will be with english people, my second and my third one as well haha

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  1. C’est cool ! je pense aussi que les cours de langue sont un superbe moyen de s’intégrer. Y a une communauté couchsurfing sinon ? c’est ce qui avait sauvé ma vie sociale au Manitoba ! (et d’ailleurs, la province a la deuxième population francophone en-dehors du Québec, on compte plus de francophones qu’au NB qui est officiellement bilingue)

    Aimé par 1 personne

    1. Oh oui, y’a une grosse communauté aussi ici ! Whitehorse, c’est petit mais y’a tout plein de chose au final 😉
      Ma vie sociale se porte bien, entre les personnes rencontrées dans mes cours d’anglais, mes colocs et les autres rencontres, … je n’ai pas à me plaindre !

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    1. J’essaye, j’essaye ! Des fois, ce sont des expressions que je voudrais traduire, mais bon, elles ne veulent strictement rien dire en anglais… puis, j’ai encore du chemin à faire pour réussir à faire passer mon « humour » dans une autre langue… Je progresse, doucement mais surement !
      Bises à Julie et toi !

      Aimé par 1 personne

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