Quatre jours dans les Rocheuses du Nord

Dans cet article :

Jour 29 (20 août 2022) : Direction le lac Muncho

Ça y est, après trois semaines et demie d’arrêt, nous pouvons reprendre notre périple. Je suis tellement impatiente… Ouna sentait bien que quelque chose se tramait ces derniers jours… Elle aussi est contente. Elle a bien compris que, quand nous sommes dans la voiture, c’est juste elle et moi, et elle adore ça.

Cette première journée ne sera pas la meilleure de notre voyage… Nous allons conduire, directement jusqu’au Parc provincial du lac Muncho, à un peu plus de 700 kilomètres de Whitehorse.

Dans la matinée, Ouna et moi allons pour notre marche quotidienne, puis je finis de charger Lyna, je fais mon plein d’eau et j’appelle papa et maman. Comme une impression de déjà-vu… Road-trip, prise 2 !

La route est belle et nous avalons les kilomètres. Je fais simplement un arrêt à Watson Lake pour recharger en essence, et continue jusqu’à notre destination.

À l’entrée du Parc provincial du lac Muncho, après presque huit heures de route, nous nous arrêtons pour une courte marche : le sentier Mineral Lick, une très courte boucle qui mène à des cheminées des fées. C’est joli !

Je conduis encore quelques minutes jusqu’à trouver un endroit où passer la nuit. Ce sera sur l’aire de repos où se trouve le point de vue sur le lac Muncho. C’est pas le meilleur endroit, mais je suis en retrait de la route, avec une toilette sèche à proximité. Ici, pas de moustiques mais des tonnes de mouches noires…

La vue sur le lac Muncho est plutôt jolie ! © Kelly Tabuteau

Une fois Lyna prête pour la nuit, je réarrange un peu mes affaires. Le départ a été tellement précipité que c’est un peu le bazard et que rien n’est vraiment bien organisé. Une heure plus tard, je suis prête à aller au dodo, mais je dois d’abord venir à bout des mouches noires qui ont envahi l’habitacle.

À 20 h 30, je me couche enfin. Je suis tellement heureuse d’être repartie, de dormir à nouveau dans ma voiture aménagée, avec Ouna à mes côtés. Je suis presque certaine que je m’endors le sourire aux lèvres.

Jour 30 (21 août 2022) : Le Parc provincial du lac Muncho

Avec un coucher aussi tôt la veille, je suis réveillée de bonne heure. Ce n’est pas plus mal car il fait déjà chaud. J’avais prévu plusieurs randonnées aujourd’hui, dont une grosse : Sentinel Range Ridge. Sur le papier, je sais qu’elle va être intense, mais elle devrait néanmoins être dans mes cordes.

Peu après 7 h, je m’élance le long d’une rivière asséchée. J’avance relativement vite dans son lit, jusqu’au moment où je dois tourner sur la droite. Devant moi, un mur tellement raide que je vérifie ma carte pour m’assurer de l’itinéraire. Oui, oui, je dois grimper ce mur. Je m’arme de patience et avance lentement. Après 150 mètres de montée, l’ascension se complexifie. Chaque pas sur ce type de sol est précaire et une chute entraînerait une glissade de plusieurs mètres. Le passage a l’air court alors je continue. Je peine à avancer entre l’inclinaison et l’instabilité du terrain. À chaque pas cependant, je me répète que j’ai atteint ma limite de confort et que la descente sera encore plus complexe que la montée.

Je ne prends plus aucun plaisir et, un peu à contre-cœur, je choisis de faire demi-tour. C’est vraiment dommage car les vues du sommet avaient l’air à couper le souffle. La descente est en effet chaotique. Lentement, je rejoins le lit de la rivière, non sans avoir fait une petite chute sans gravité.

De retour à la voiture, je me dirige vers la prochaine randonnée que j’avais prévue : le sentier Stone’s Sheep. De loin, je remarque que de nombreuses voitures sont arrêtées sur le parking, il risque donc d’y avoir du monde sur le « sentier ». En m’approchant cependant, je réalise que tous les véhicules sont arrêtés pour observer une famille de caribous sur le bas-côté. Ni une ni deux, je me stationne et sors l’appareil photo. Je prends quelques clichés, puis contemple les animaux. Ils sont tellement beaux, tellement majestueux.

© Kelly Tabuteau

Après plusieurs minutes à les observer, je me décide à partir randonner. Je prépare Ouna et nous nous élançons dans le lit d’une autre rivière. Nous devons la traverser (j’ai donc les pieds mouillés à peine partie), avant de la longer sur trois kilomètres. Au bout, une petite cascade, mais surtout des piliers de roches qui s’érigent vers le ciel, telles des stalagmites. C’est impressionnant ! La luminosité n’est pas idéale pour immortaliser le lieu, mais ces géants de pierre s’impriment néanmoins sur mes rétines.

Sur le chemin retour, je m’asperge d’eau… les températures avoisinent les 30°C ! La descente se fait rapidement. Ouna et moi sommes contentes de retrouver Lyna, même s’il fait une chaleur à mourir dedans. Nous reprenons la route pour quelques kilomètres afin de rejoindre le départ d’une balade que j’avais repérée sur l’application AllTrails : Rock Garden Canyon. Nous marchons en plein cagnard. Ouna traîne les pattes derrière moi. Au fur et à mesure que j’avance, je sens que cette marche sera décevante. C’est bien le cas… Il n’y a rien de précis à voir, si ce n’est les montagnes de légèrement plus près. Nous arrêtons les frais après un kilomètre et demi.

Je reprends la route vers le Sud et quitte le Parc provincial du lac Muncho. Je réalise alors avoir oublié de prendre de l’argent liquide avant de quitter Whitehorse, argent liquide qui me servirait à payer les campings dans les zones sans service. Je m’arrête donc à Toad River priant pour qu’il y ait un distributeur. Il y en a un, mais manque de bol, il est hors service… Je comptais rester au camping du Parc provincial Stone Mountain, mais je vais devoir trouver un autre endroit pour la nuit.

Quoi qu’il en soit, je continue ma route jusqu’à ma prochaine balade : Baba Canyon. Mon corps est fatigué (il faut dire que je n’ai pas fait énormément d’exercices physiques ces trois dernières semaines), mais comme il est encore de bonne heure, je m’aventure à nouveau le long d’une rivière. Dès les premiers mètres, je sens que je vais aimer cette balade. L’eau translucide a des reflets turquoise entre des roches blanches, créant des contrastes des plus étonnants et des plus séduisants.

Baba Canyon. © Kelly Tabuteau

Je dois traverser la rivière à plusieurs reprises mais les roches plates me permettent de garder les pieds au sec. Je remonte ce cours d’eau en en prenant plein les yeux. Ouna et moi atteignons enfin une mini cascade qui se jette dans une retenue d’eau qui ressemble à une piscine. Je regrette de ne pas avoir mon maillot de bain avec moi… C’est tellement magique comme endroit que nous restons là de longues minutes à observer les moindres aspérités de la roche tout en nous laissant bercer par le son apaisant de la cascade.

Nous nous remettons en marche et continuons un peu après ce lieu féérique mais rien n’égale ce que nous venons de voir. Nous faisons alors demi-tour et je décide de dormir ici. Légèrement en retrait de la route, l’endroit semble calme pour passer la nuit. Et cerise sur le gâteau, je peux rincer la sueur accumulée aujourd’hui dans la rivière.

Une bonne soirée en perspective ! © Kelly Tabuteau

Je dîne rapidement avant de lire quelques pages. Je sens mes paupières lourdes et vais me coucher de bonne heure encore.

Jour 31 (22 août 2022) : Randonnée aux lacs Flower Springs

Je quitte mon emplacement aux alentours de 7 h, juste quand le soleil se lève. Aujourd’hui, je souhaite continuer d’explorer le Parc provincial Stone Mountain. Une dizaine de kilomètres me séparent du lac Summit d’où partent les randonnées que j’ai dénichées. Sur ma gauche, des falaises de roches surplombent la route, alors qu’à ma droite, c’est le vide. Le soleil rasant m’éblouit, tellement d’ailleurs que je ne vois plus rien, ni la route, ni les voitures qui arrivent en face. Je suis donc obligée de ralentir, voire de m’arrêter, pour situer les lignes de la chaussée et l’emplacement exact de ma voie. Il n’y a personne derrière moi, je roule au pas, toujours aveuglée. L’anxiété me gagne et je me force à respirer calmement. Après ce qui me semble une éternité, j’atteins une zone où le soleil n’est pas encore passé au-dessus de la falaise. La visibilité revient et je regagne en confiance.

Je stationne Lyna sur la zone d’activité diurne du camping du lac Summit, attrape mes bâtons et mon sac à dos, puis Ouna et moi commençons la randonnée aux lacs Flower Springs.

Nous marchons sur une route de graviers avant d’arriver à une intersection. Enfin, après deux kilomètres, nous prenons un sentier étroit qui sillonne dans des prairies alpines dominées par de grandes montagnes rocailleuses. L’immensité de ces dernières se mêlent aux nuances de vert ce qui m’impressionnent, même si, avec l’heure matinale, la luminosité n’est pas optimale pour contempler le spectacle.

© Kelly Tabuteau

Nous avançons rapidement sur le chemin à l’inclinaison douce. Seules quelques parties plus pentues nous obligent à ralentir quelque peu. Plus vite que je ne le pensais, j’arrive au premier lac. Les géants de pierre se reflètent à sa surface, tel un miroir, et je reste sans voix. J’aperçois une table de pique-nique et une plateforme pour poser une tente et je regrette tout de suite de ne pas l’avoir su plus tôt, tellement le lieu m’inspire la quiétude.

© Kelly Tabuteau

Le sentier continue le long du lac avant de se confondre avec le lit asséché d’une rivière. Je vais devoir marcher hors trace si je veux atteindre les deux autres lacs. D’abord, avec beaucoup de plaisir, à coup de grandes enjambées de roche en roche ; puis avec un peu de souffrance, devant une pente assez raide. Mais l’effort est récompensé par les nombreuses cascades que je longe.

Une fois sur le plateau, l’avancée redevient plus facile. Je discerne déjà le deuxième lac au loin, mais je décide de filer direct vers le troisième. Enclavé dans un cirque rocailleux, il est majestueux. Je fais une courte pause pour m’imprégner de la splendeur du lieu, avant de me diriger vers le deuxième lac.

Moins impressionnant que les deux autres, je dois néanmoins reconnaître que son bleu profond m’interpelle, tellement d’ailleurs que je décide de grimper sur une petite crête qui me permettra de le contempler sous son meilleur profil. Ainsi perchée, j’ai également une vue sur la vallée de laquelle je viens. Je m’assois sur une roche plate, tentant d’ignorer les minuscules mouches noires qui volent tout autour de mon visage, pour admirer davantage l’endroit.

Je me remets enfin en route, d’abord le plateau, ensuite la partie très à pic. Je ne me souviens plus très bien par où je suis montée et je galère à retrouver un passage pas trop dangereux. Devant moi, des pentes bien trop raides pour que je puisse m’y aventurer. Je reviens un peu sur mes pas, observe le paysage et me dirige davantage vers le bruit de l’eau.

Face à la cascade, je sais maintenant où poser mes pieds et j’avance de nouveau rapidement. Je fais une nouvelle pause à la table de pique-nique et m’allonge quelques minutes sur la plateforme pour tente, laissant le soleil me réchauffer jusqu’au plus profond de mon être. Il n’y a personne aux alentours et je profite de ce moment pour faire une petite séance de méditation. Ouna, elle, se couche à l’ombre sous la table.

Quinze minutes plus tard, nous nous remettons en marche, impatientes de retrouver Lyna. Pour éviter les deux kilomètres ennuyeux sur la route, je prends un sentier soi-disant panoramique. En vrai, je suis beaucoup dans la forêt, même si de temps en temps, je devine la montagne que je vais gravir demain, ou encore le lac Summit. Après ce qui me semble une éternité, nous arrivons sur la rive du lac que nous devons maintenant longer jusqu’au camping. Ouna part faire trempette pour se rafraîchir et j’aimerais bien faire comme elle, mais je n’ai pas de serviette sur moi ; ce n’est que partie remise.

Le sentier n’est pas très bien défini à présent et je jongle entre les racines et les zones marécageuses. J’ai hâte d’arriver !

Nous bouclons la randonnée en six heures et il est temps de déjeuner pour reprendre des forces. Nous nous installons au bord du lac Summit avec notre pique-nique. Je le déguste en lisant tandis qu’Ouna dévore ses quelques croquettes avant de s’allonger en plein soleil.

À mon tour de me rafraîchir, j’enfile mon maillot de bain et m’avance vers le lac. Je peine à y entrer. L’eau est tellement froide que j’ai les pieds qui s’engourdissent. Je me rince le visage, puis mouille mes bras, mon ventre, mes épaules. Je suis d’habitude du genre à ne pas réfléchir et à y aller franco, mais là, je suis plus prudente. Un pas, une pause, un pas, une pause, un pas, une pause. L’eau m’arrive à mi-cuisse, je me mouille à nouveau les bras et les épaules et je me jette. Ma respiration s’accélère et je bouge rapidement pour me réchauffer. Je pense aux athlètes qui prennent des bains glacés pour récupérer après l’effort, et je me dis que cette baignade est ma cryogénie pour reposer mes muscles après la rando du jour. Cela me motive à rester quelques minutes de plus, mais guère plus. Je sors rapidement et laisse le soleil me réchauffer et me sécher.

Une fois rhabillée, je remballe tout et pars à la recherche d’un spot pour la nuit. J’en trouve un très légèrement en retrait de la route, à quelques centaines de mètres du camping. Pas l’emplacement de rêve, mais ça fera la job comme on dit ici.

Jour 32 (23 août 2022) : Summit Peak

Nouvelle journée, nouvelle Randonnée ! Aujourd’hui, je m’attaque à Summit Peak, un des pics calcaires surplombant le lac Summit. 7,4 kilomètres pour un dénivelé positif de 780 mètres, de quoi emballer la fréquence cardiaque !

Alors que je prépare mon sac, un homme, la quarantaine passée, commence, la rando. Je ne serai donc pas seule au milieu de nulle part pour cette sortie. Comme à mon habitude, je suis encore bien matinale – j’essaie d’échapper aux fortes chaleurs – et il est à peine 7 h quand je m’élance à mon tour sur le sentier. Le ciel est couvert, légèrement voilé même, ce qui annonce une température idéale pour randonner.

Très rapidement, le sentier traverse un ruisseau à sec, puis longe une forêt. La pente est plutôt douce, avec néanmoins quelques montées raides. J’atteins rapidement la limite des arbres, là où l’inclinaison devient plus importante. Je ralentis alors le rythme, ce qui me permet de continuer sans faire de pause.

Les vues se dévoilent au fur et à mesure que je prends de l’altitude. C’est magnifique. Je distingue le lac Summit bien sûr, mais aussi le lac Flower Springs où j’étais hier et une mer d’autres pics à plus de 2 000 mètres. Les Rocheuses du Nord dans toute leur splendeur ! J’ai vraiment hâte d’arriver au sommet.

À mi-chemin, le sentier devient moins évident à cause de gros blocs rocheux. Je dois alors m’aider des mains à plusieurs reprises pour escaler les obstacles qui se dressent devant moi. J’essaye de repérer le randonneur parti avant moi, sans succès. Pourtant, avec sa caquette orange flashy, je devrais le voir de loin ! Je me doutais qu’il serait plus rapide que moi, mais à cette allure, c’est une fusée ! Bref, je me concentre sur mes pas et avance lentement.

Le sentier n’est plus si évident… © Kelly Tabuteau

J’arrive à un premier point de vue et quand je vois le chemin qu’il me reste à parcourir, j’hésite à faire demi-tour tellement la première partie m’a pompé de l’énergie… Mais comme souvent, je me demande quand je reviendrais randonner ici alors je continue. Je suis une ligne de crête qui redescend avant une ascension finale musclée.

Puis la vue est déjà pas mal d’ici… © Kelly Tabuteau

Juste avant d’atteindre le sommet, je repère la casquette orange venant d’une autre crête. L’homme a du faire un sentier non officiel. Enfin, après plus de deux heures d’ascension, j’arrive au cairn du pic Summit. La vue à 360° me laisse sans voix, malgré une visibilité restreinte. Je m’octroie une longue pause, plus de trente minutes, laissant au quadragénaire le temps de me rejoindre. Il me confirme avoir exploré les alentours avant de se rendre au sommet par une autre crête. Nous papotons quelques minutes, puis j’amorce la descente.

Alors que je me lève, j’aperçois quatre tâches brunes sur le flanc de la montagne. À cette distance, sans jumelles, il est difficile de confirmer ce que c’est. L’homme pense à des morceaux de bois, moi à des animaux : caribous ou mouflons canadiens. En redescendant de la crête, j’aperçois les formes d’un peu plus près et tente de prendre une photo pour identifier les spécimens. Ce sont bien des mouflons !

La descente est bien plus rapide et bien moins casse-pattes que je pensais. Je boucle la sortie en 4 h 07 et décide d’aller piquer une tête dans le lac Summit pour rincer toute la sueur qui recouvre mon corps. L’eau est toujours aussi froide qu’hier, je ne m’éternise pas car je dois aller travailler.

Car oui, mes mois de voyage ne sont pas de vraies vacances. Mon employeur principal a accepté que je travaille à distance mes vingt heures semaines. Si j’étais effectivement en vacances en juillet, j’ai repris mon poste au journal le 8 août, et ce nouveau départ est donc plus complexe niveau organisation, entre les randonnées que je souhaite faire et les lieux où s’arrêter avec du réseau pour faire mon job.

À contre-cœur donc, je quitte les Rocheuses du Nord, avec la certitude de revenir un jour continuer d’explorer cette région sauvage où je n’ai croisé personne sur les sentiers.

140 kilomètres me séparent de Fort Nelson où j’ai réservé un motel. Il y a beaucoup de travaux si bien qu’il me faut un peu plus de deux heures pour rejoindre la destination.

Il est 14 h passées quand je m’assois devant mon ordinateur et j’y resterai jusqu’en début de soirée.

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