Une arrivée morose à Katmandou

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Stupa Bodnath, Katmandou – Octobre 2022. © Kelly Tabuteau

Des années que j’attendais de découvrir le Népal. Des années que je repoussais ce voyage, finalement aspiré par des destinations plus faciles d’accès. Mais quand mon amie Marie-Claude m’annonce en janvier 2022 qu’elle a pris ses billets d’avion pour octobre et me demande si je veux l’accompagner, je n’hésite pas longtemps. Destination le trek des Trois Cols dans la région de l’Everest.

Les plans finalement changent, comme souvent en fait. À l’été 2022, Marie-Claude se retire du projet… C’est la douche froide pour moi, même si je comprends ses raisons. Je réfléchis quelques jours à ce que je veux faire, et je décide de maintenir mon voyage, dans la continuité de ma traversée du Canada en six semaines.

Et le voyage commence dès Toronto ! J’avais réservé un stationnement couvert à l’aéroport pour laisser Lyna en sécurité pendant mon absence. Arrivée au parking, je réalise que Lyna, couronnée de son coffre de toit, est trop haute pour rentrer dans le parking. Et là, j’avoue que c’est panique à bord ! À fleur de peau des événements de ces derniers jours, je fonds en larmes.

Je reprends doucement pied. Je suis en avance, j’ai le temps de gérer la situation. Je tente désespérément de joindre le personnel du parking qui ne semble pas travailler les fins de semaine… Je finis par avoir une dame qui me dit d’aller me garer à un parking plus loin. Non couvert, il est néanmoins sécurisé. Lyna devrait y être bien.

J’installe tous les occultants, récupère mon sac de randonnée, verrouille les portes, puis m’éloigne doucement.

Un dernier regard vers Lyna, le cœur serré de quitter ma maison des six dernières semaines, celle qui m’a consolée comme elle a pu du départ d’Ouna, et off I go.

À 17 h 30, mon premier avion décolle. 3 h 25 plus tard, j’arrive à Dallas (États-Unis) où m’attend une escale de 3 h. Mon deuxième vol m’emmènera jusqu’à Doha (Qatar) en 14 heures et 55 minutes. Nouvelle escale d’un peu plus de trois heures trente, et je monte enfin dans mon dernier avion, direction Katmandou…

Le Canada sait me dire « À bientôt ! », comme il se doit ! © Kelly Tabuteau

Lundi 3 octobre 2022 : premiers pas et permis de trekker

L’arrivée à Katmandou est assez chaotique. Il est 9 h du matin, il fait déjà une chaleur étouffante et il y a du monde de partout. À croire que tous les avions à destination de la capitale népalaise de la journée arrivent à la même heure !

Je fais une première file juste à la sortie de l’avion où mon statut vaccinal est vérifié; puis une deuxième file pour demander mon visa sur une machine — il semblerait que l’on puisse la faire en ligne, il y a même des pancartes partout qui encourage cette démarche avec le wifi gratuit de l’aéroport, mais tous les réseaux que je capte sont protégés et le mot de passe n’est nulle part… je prends donc mon mal en patience.

Troisième file, celle-ci pour payer le visa.

Et enfin, une quatrième file pour obtenir le visa !

© Kelly Tabuteau

Je peux enfin récupérer mon sac et sortir de l’aéroport où je suis tout de suite alpaguée par un guide qui me conduit à un taxi. L’hôtel m’avait dit que la course devrait être aux alentours de 800 roupies népalaises (environ 8 dollars américains). Le chauffeur me demande 12 $, je négocie à 10, et n’obtiens pas mieux, car nous sommes en plein festival, le festival hindouiste Dashain.

Dans le taxi, je n’en mène pas large… Déjà ça roule à gauche. Puis, il y a des voitures, des deux-roues et des piétons de partout et tout le monde force de partout pour passer… Ça klaxonne dans tous les coins, c’est un beau bazar… Mais finalement, ce que je retiens le plus de ces premiers pas à Katmandou, c’est le nombre de chiens de rue.

Fatiguée par le voyage, et avec un état physiologique plus que fragile, je suis rapidement dépassée par mon nouvel environnement. J’en brosse un portrait très négatif, avec des rues sales et des câbles électriques partant dans toutes les directions.

Mais bon, c’est vrai qu’il y a des câbles électriques de partout ! © Kelly Tabuteau

Après une dizaine de minutes, j’arrive à l’hôtel que j’avais réservé, à une des entrées de Thamel, le quartier touristique de Katmandou. L’hôte est très accueillant et serviable. Il m’indique notamment où aller faire mes photos d’identité pour mon permis de trekking.

Dès mes affaires posées dans ma chambre, je ressors donc directement. De nouveau, je me fais alpaguer par un jeune homme qui veut me guider jusqu’au « photomaton », non sans faire un détour par son école d’art. Je décline poliment et il me laisse sans insister. À marcher en lui parlant, je n’ai pas trop prêté attention à mon chemin et je suis un peu perdue. Sans données cellulaires, je peine quelque peu à retrouver l’hôtel.

Je finis par y arriver, sans photo… Mon hôte m’indique un autre endroit, mais celui-ci est fermé à cause du festival. Je décide donc de marcher jusqu’au Nepal Tourism Board sans mes photos et de voir là-bas où je peux faire des photos. L’homme me dit de découper la photo de ma photocopie de passeport que j’avais dans mon portefeuille. Victoire, j’ai mon permis de trekking ! Et puisque je suis sur place, j’en profite pour acheter la carte topographique de mon trek. Je suis parée !

Premiers pas dans la capitale népalaise. © Kelly Tabuteau

Je retourne à l’hôtel, il est 13 h passées et je suis exténuée. Je lutte, mais finis par m’endormir. Après plus de deux heures de sieste, je suis encore plus décalquée…

Je me force à m’activer un peu. Je fais quelques lectures sur le trek des Trois Cols, regarde un film sur Netflix, puis vais me coucher aux alentours de 21 h, la tête remplie de pensées. L’euphorie n’est pas là, j’ai vraiment un petit moral et je remets en question ma décision de maintenir mon voyage alors que j’essaye de gérer le deuil d’Ouna. C’est en me demandant ce que je fais ici que je m’endors.

Mardi 4 octobre 2022 : culture népalaise et derniers préparatifs

Décalage horaire oblige, je suis réveillée à 2 h du matin. Je scrolle sur Netflix. J’ai mal au crâne, et malgré la fatigue, je n’arrive pas à me rendormir. Je trouve une bande sonore sur YouTube pour tenter de m’apaiser et de m’aider à trouver le sommeil. Ça fonctionne tant bien que mal, je me rendors par coup d’une heure.

À 9 h, je décide de m’activer, je réserve mon avion de fin de trek puis pars dans les rues de Katmandou vers le stupa Bodnath, connu comme le plus grand stupa1 d’Asie. Il pleut à moitié, la marche se fait sur le bord de routes très passantes… Ce n’est pas le plus excitant… Enfin, je pense surtout que je ne suis pas très réceptive à ce qui m’entoure en ce moment.

Je marche ensuite jusqu’au temple Pashupatinath et ses ghats de crémation. Avec le festival, le lieu est bondé et je n’ose m’aventurer trop loin. Je n’ose pas non plus prendre de photo.

Les chiens des rues sont intrigués par les singes qui les narguent. © Kelly Tabuteau

Après dix kilomètres, je décide de prendre un taxi pour rentrer à l’hôtel. Je vais déjeuner dans un restaurant juste à côté, où je goûte mon premier palaak paneer (à base d’épinards), un régal.

Puis fatiguée, je retourne dans ma chambre. Il pleut des cordes tout l’après-midi donc ce n’est pas plus mal. Les prévisions météorologiques annoncent de la pluie pour la semaine, même dans le coin de mon trek. Le moral, déjà pas au beau fixe, sombre un peu plus… Je regarde même le prix des billets d’avion pour rentrer à Toronto… Je pense qu’il va me falloir quelques jours pour remonter la pente. La marche devrait m’aider à retrouver mon attitude plutôt positive.

Je continue mes recherches sur mon trek et réarrange un peu mon itinéraire. Je décide finalement d’aller au camp de base de l’Everest, et de gravir Kala Patthar qui culmine à 5 643 mètres et qui me permettra de voir le mont Everest de plus près. Si je réussis mon ascension, Kala Patthar sera mon plus haut sommet jamais atteint. Demain, direction Phaplu, en jeep, point de départ de mon trek !

À 19 h 30, je suis au lit, prête à dormir. Quelques minutes plus tard, je sombre dans les bras de morphée.

  1. structure architecturale bouddhiste. ↩︎

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