Histoires Expatriées | Ces six choses qui m’agacent au Canada

Comme beaucoup le savent, je ne compte pas revenir en France de sitôt. J’aime le Canada, j’aime le Yukon, j’aime Whitehorse. Je dois cependant avouer qu’il y a bien des petites choses d’ici auxquelles je n’adhère pas (bon certes, beaucoup moins qu’en France, mais quand même). Bien sûr, je pourrais vous parler de la qualité (enfin du manque de qualité) des fruits ou des légumes qui n’ont vraiment pas beaucoup de goût ; des serveurs/serveuses qui retirent l’assiette dès qu’elle est vide alors que les autres personnes du groupe ont à peine touché à la leur ; du prix prohibitif de l’avion pour se rendre ailleurs au Canada (pas étonnant que les locaux décident de partir pour Hawaï ou le Mexique, c’est bien moins cher qu’un aller-retour pour Toronto !) ;  des éponges peu efficaces que tu dois changer tous les quinze jours (et j’exagère à peine) ; ou encore des montants affichés hors taxes (finalement, on s’habitue à tout après trois ans). Pourtant, aucune d’elles ne fait partie des plus irritantes pour moi…

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L’hiver et la noirceur ne font même pas partis de la liste. ©Kelly Tabuteau

Le manque de franchise
La plupart des Canadiens fuient le conflit comme la peste. Souvent, c’est culturel. Mais ça a beau être culturel, cela n’en reste pas moins agaçant. Quand j’essaye de creuser avec des locaux pour connaître le fin fond du pourquoi, personne ne sait vraiment me répondre. C’est comme ça et puis c’est tout. Du coup, pour la majorité des français, cela peut être assez déstabilisant… Tu ne sais pas sur quel pied danser puisqu’en définitive, tu ne sais jamais ce que pense la personne qui se trouve en face de toi. Elle te sourit, elle est super sympathique, et tu te dis qu’il y a du potentiel pour une future relation amicale. Bah, tu te mets le doigt dans l’œil ! Au Canada, comme dans les pays anglophones en règle générale, il ne faut pas confondre gentillesse et amitié. Je peux très aisément échanger avec un inconnu sans pour autant le revoir un jour. D’ailleurs, même avec des personnes que je fréquente depuis un petit bout de temps, je peux me retrouver sans nouvelle du jour au lendemain, sans raison apparente. Que c’est frustrant ! Et même avec les personnes que je considère comme mes amies (et je pense que cela est réciproque), je déchante… Déçue par les « oui oui, je passerai dans la soirée » qui se transforment en un sms malhabile baragouinant une excuse pour annuler. Pire encore, quand la personne décide simplement de ne pas venir… silence radio complet ! Avec le temps, j’ai fini par développer un décodeur et je peux facilement interpréter les signes : je sais donc quand une personne dit oui mais qu’en réalité, elle pense non.

Le manque d’intimité
Je ne sais pas si c’est parce que je suis un peu associable sur les bords, mais le manque d’intimité me touche beaucoup depuis que je suis installée à Whitehorse. Les gens passent à l’improviste chez toi pour un thé, les maisons n’ont pas de volets, ou encore le fait que presque tout le monde sait presque tout sur toi à cause de l’effet « petite communauté ». Mais le pire, je crois, reste et restera les toilettes publiques ! La porte est souvent minimaliste au possible bloquant net toute envie de se rendre dans ce lieu si privé par crainte de se donner en spectacle !

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On repassera, niveau intimité ! ©Kelly Tabuteau

Les pourboires
Ce n’est pas le fait de payer des pourboires qui me turlupine mais plutôt de savoir quand en payer… J’ai eu un long débat avec Chris (mon amie australienne) qui pensait comme moi, ce qui m’a un brin rassurée puisqu’au pays des kangourous, elle fait face à la même incompréhension que moi. Explications. Je trouve logique de lâcher une pièce au restaurant : quand je paye la note, je paye la nourriture et donc je laisse un pourboire pour le service. Mais quand je vais chez le coiffeur, je débourse déjà pour le service de coupe de cheveux alors dois-je offrir un tip ? Ou encore quand je commande à emporter ? C’est bien nébuleux pour moi alors dans le doute, je me défais toujours d’un petit quelque chose. J’ai adopté le principe du « si le terminal de carte de crédit me le propose, je donne un pourboire », adaptant le pourcentage au cas par cas (pour sûr, je ne laisserai pas 15 % pour le service lorsque je vais chercher mon veggie burger à Burnt Toast Café !).

Les mesures
Dans ce domaine, je nage en plein flou artistique ! Si historiquement, c’était le système impérial britannique qui était utilisé pour toutes unités de mesure au Canada, le système métrique est devenu officiel dans les années 1970. Ainsi, les anciennes générations ont davantage de facilité avec les degrés Fahrenheit, les milles et les pieds alors que les nouvelles générations mélangent les deux systèmes ! Ici, on exprime les charges en livres et les dimensions en pieds, mais on parle de distance en kilomètres et de température en degrés Celsius (enfin pour la météo, car les fours de cuisine, eux, sont toujours en degrés Fahrenheit). En cuisine, les quantités d’ingrédients sont très souvent exprimées en tasses, dont l’équivalence en grammes dépend du type d’aliments… une tasse de beurre n’est pas la même chose qu’une tasse de farine par exemple. J’ai beau être bonne en calcul mental, je suis souvent perdue quand les unités de mesures s’invitent dans la conversation ; un vrai casse-tête ! Je reconnais volontiers ne jamais me souvenir des taux de conversion si bien que je n’ai aucune idée de quoi me parle mon Fisherman par moment (« Tu t’en rends compte, la glace à Fish Lake fait déjà 3 pieds ! » … nan, ne me rends pas compte !) … et inversement (« Hazel a débusqué un ours à une dizaine de mètres de moi ! »…)

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À Chadburn, je ne sais pas combien de pieds faisait la glace, mais c’était flippant ! ©Kelly Tabuteau

Le franglais
Baignée en milieu anglophone mais travaillant en français, je passe mon temps à switcher d’une langue à l’autre si bien que mon français s’appauvrit grandement. Je cherche parfois mes mots, j’oublie des expressions, je ne me souviens plus comment je dirais certaines choses si j’étais encore en France, et j’intègre de nombreux mots anglais dans mes conversations dans la langue de Molière (« La walk-in clinic était fermée… »). Mon vocabulaire s’est enrichi de plusieurs expressions franco-canadiennes comme « Il serait apprécié de … » au lieu de « merci de … », même si certaines m’horripilent au plus haut point puisqu’il s’agit d’une traduction littérale de l’anglais : « Ça fait du sens. », « Je vais prendre une marche. », « compétitionner », « canceller », … Tout cela relance aussi l’éternel débat du nombre d’anglicisme en France et au Québec. Au final, j’ai l’impression que nous en utilisons à peu près autant, seulement des différents.

Le rapport à l’électricité … et à l’environnement en règle générale
J’ai encore plein de changements à faire dans mon quotidien pour limiter mon impact sur la Terre, pourtant je me considère comme écolo, un côté qui est mis à rude épreuve depuis que je suis à Whitehorse. Aussi loin que je me souvienne, je coupe l’eau du robinet quand je me savonne, j’éteins les lumières en quittant une pièce et je préfère enfiler un pull supplémentaire plutôt que d’augmenter le chauffage… À la maison, ce genre d’initiatives est devenu une guerre quasi quotidienne avec mon Fisherman qui régulièrement règle le chauffage à fond même s’il n’y a personne à la maison, oublie parfois d’éteindre la lumière en partant au travail le matin ou alors laisse quatre ampoules en activité alors qu’une seule suffirait. Et je ne vous parle pas des douches de près de trente minutes ! Alors oui, il fait des efforts mais j’ai souvent le droit à la même réponse quand je lui fais une remarque, réponse que je juge généralement individualiste… « On a plein d’eau au Canada et elle est gratuite alors pourquoi faire attention ? Puis, à Whitehorse, l’électricité est produite par le barrage, si bien que c’est une énergie propre ». Sur ce dernier point, il n’a pas tout à fait tort, même si la quantité d’énergie créée n’est pas illimitée et que bientôt Whitehorse devra trouver des alternatives au barrage pour pouvoir alimenter tous les habitants de la ville. Il y a pourtant plein de choses faciles qui pourraient être faites : limiter l’utilisation des gros 4×4 en optant pour plus de covoiturages, éteindre l’éclairage dans les magasins et les bureaux la nuit, modifier les systèmes de robinetterie dans les douches pour pouvoir conserver le réglage d’eau chaude lorsque l’on coupe l’eau, … Bref, we’re not in Versailles, here !

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Les lumières de Noël qui restent allumées toute la nuit alors que personne n’en profite m’agacent aussi… ©Kelly Tabuteau

 

« Apprenez au grincheux à sourire et au peureux à agir, le plus grand défi à réussir est d’aller contre nos habitudes. », Lamia Znagui

HistoiresExpatriées

Cet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par Lucie du blog L’Occhio Di Lucie. Chaque mois, aux alentours du 15, des blogueurs expatriés aux quatre coins du monde se retrouvent autour d’un thème imposé, pour échanger des anecdotes sur la vie hors de leur pays natal. J’ai tout de suite adoré le concept alors me voilà 🙂
Septembre 2019 : Les choses qui m’agacent dans mon pays d’acueil – Marraine : Ferdy, au Canada (Edmonton), du blog Ferdy Pain d’épices.

Retrouvez les articles des participants du rendez-vous #HistoiresExpatriées de ce mois-ci :


6 réflexions sur “Histoires Expatriées | Ces six choses qui m’agacent au Canada

  1. J’aime bien tes réflexions sur le Canada et particulièrement sur le Yukon. Français d’origine, j’ai immigré au Québec en 1975, eu la citoyenneté en 1981 et quitté très vite le Québec pour les provinces anglophones. Mieux reçu. J’ai habité 5 ans à Whitehorse (Takhini) où ma compagne était monitrice de langue à Émilie Tremblay. Ensuite Dawson et pour finir Carcross. Tu job où à Whitehorse? Cdt

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    1. Bonjour Mike,
      Quel beau parcours d’immigration. La vie doit être bien différente à Dawson et à Carcross. Je suis arrivée à Whitehorse en 2016, directement depuis la région parisienne (grand choc !), et j’ai fait plusieurs boulots depuis que je suis ici. En ce moment, je suis adjointe administrative.
      Merci pour ton message, d’autres réflexions à venir 🙂
      Au plaisir d’échanger avec toi. N’hésite pas à partager tes propres réflexions en commentaire des articles. Ce serait chouette d’avoir un autre point de vue également !

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  2. Il est sûr que le goût, le coût et la qualité des fruits et légumes sont nécessairement impactés par l’éloignement de la ville où vous habitez.
    Ce qui m’interpelle aussi, ce sont les deux systèmes de mesure, de température et de poids, qui continuent à exister.
    Quand aux problèmes de bon savoir savoir-vivre vis à vis de notre planète, ce problème est malheureusement récurrent sur toute la planète (ne pas éteindre la lumière dans une pièce vide, baisser le chauffage quand on le peut et surtout couper l’eau dans la douche ou au lavabo, pendant le savonnage ou le lavage des dents, je pense malheureusement que très peu de personnes le font) : effectivement c’est dramatique, car nous (je veux dire ancien) nous nous demandons de plus en plus ce que nous allons laisser à nos enfants et petits enfants.
    Je vois cependant qu’en aucun cas, tu as envie de partir de la merveilleuse où tu vis. Il faut continuer de vivre ses rêves.
    Bisous Kelly

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    1. C’est certain que vivre ici n’est pas un choix environnemental. Je blâme mon Fisherman mais il m’arrive aussi de faire moins attention, de laisser mon ordinateur branché toute la nuit, de laisser l’eau ouverte quand je me savonne le bas du corps… J’en ai conscience alors c’est déjà la première étape ; changer les habitudes a la peau dure !
      Bisous Willy.

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  3. Ton article est très intéressant et j’ai le même problème avec l’allemand qui envahit mon français. Des fois, je me rends compte en parlant que j’ai traduit une expression allemande en français mais que celle-ci ne veut rien dire en français !
    La porte des toilettes ! Déjà que je déteste aller aux toilettes au travail s’il y a quelqu’un d’autre que moi mais alors avec ce genre de mini-portes, je ne pourrais pas !

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    1. J’imagine que ce problème d’expression est là dès que l’on jongle avec deux langues… Et y’a rien à faire… notre cerveau a beau être fort, je crois que l’immersion dans une autre réalité le berne… C’est marrant quand on retourne en France et que tout le monde note que tu as un accent ou des expressions bien différentes !

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