Yukon | À deux pas de Whitehorse, la cabane du film Le Dernier Trappeur

Finalement, tout s’accorde avec mon nouvel environnement où l’hiver dure presque huit mois !

Huit mois… j’exagère peut-être un peu, … six mois au minimum, c’est certain ! Dans le nord du Canada, il est difficile de se fier au calendrier pour définir cette saison : le 21 décembre, elle a déjà commencé depuis plusieurs semaines ; au 20 mars, elle est encore loin d’être achevée… Malgré sa longueur, malgré sa noirceur, malgré ses hauts et ses bas météorologiques, elle est ma période préférée de l’année : j’aime sa neige et son froid ; j’aime encore plus toutes les opportunités d’activités qu’elle a à offrir. Pourtant, je réalise, presqu’à contre-cœur, que mes sorties hivernales sont aujourd’hui davantage dictées par la facilité que par une réelle envie : facilité d’accès du sentier avec ma petite voiture, facilité de la randonnée (exit les 1.300 mètres de dénivelé sur quatre kilomètres), proximité de Whitehorse, …

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Quand c’est joli comme cela, c’est vraiment pas une corvée de refaire la même balade. ©Kelly Tabuteau

Mais, ne vous méprenez pas, je les adore toujours autant même si j’ai parfois le sentiment d’arpenter souvent les mêmes chemins. Je les connais tous (presque par cœur), ils sont proches de la maison, et j’aime les parcourir. Prenez Fish Lake par exemple. C’est l’une de mes randonnées préférées. À une période j’y allais toutes les semaines, à tel point que des amis l’avaient surnommée ma drogue ; manquais-je un dimanche là-bas, qu’ils me demandaient si je n’étais pas en manque… Et ils n’avaient pas tout à fait tort car me rendre à Fish Lake, c’était mon shoot de liberté hebdomadaire, ma reconnexion avec la nature après une semaine en centre-ville à travailler derrière un ordinateur 8 h par jour. Bref, avec un certain recul, je prenais conscience d’une autre forme de routine qui s’installait même hors de mon quotidien dodo-boulot-rando-dodo. Ce n’était pas tant pour me déplaire, mais il me manquait un petit quelque chose : l’excitation des premières fois, la joie des nouvelles découvertes et la frénésie des préparatifs entre recherche d’itinéraire et gestion logistique. Alors, depuis quelque temps déjà, je pensais à ma prochaine « première fois » : trouver la cabane du film Le Dernier Trappeur.

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La cabane du dernier trappeur, janvier 2019. ©Kelly Tabuteau

Bien que je ne porte pas Nicolas Vanier dans mon cœur, je dois admettre que son premier film, Le Dernier Trappeur, m’a fait rêver. Entre documentaire et fiction, il relate une année du quotidien, au fil des saisons, d’un trappeur yukonnais, Norman Winther. Je me demande d’ailleurs si Norman n’était pas prédisposé à mener une pareille vie avec un tel nom de famille… Bref, dans une cabine près d’un lac, Norman vit presqu’en autosuffisance, avec sa femme, ses huskies et ses chevaux, se nourrissant des produits de sa chasse et de sa pêche. Loin de la société moderne, ses mains (et celles de sa femme) se transforment en baguette magique pour créer toute sorte d’équipement : raquettes, canoë, traîneau, vêtements, … Une fois par année, au printemps, il quitte son mode de vie solitaire et silencieux pour rejoindre Whitehorse et y vendre des fourrures. Cela lui permet d’acheter le peu qui lui manque pour son confort : des munitions pour son fusil, des médicaments, du tabac et quelques denrées alimentaires.

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Les niches des chiens sont toujours là… avec vue sur Fish Lake. ©Kelly Tabuteau

L’histoire de l’homme m’attirait, la magnificence des paysages m’appelait, et la simplicité de la vie dans une cabane me charmait, si bien que depuis que j’étais installée au Yukon, j’avais envie de découvrir ce foyer. Car oui, la « maison » de Norman Winther se situe sur les rives de Fish Lake. Comment ai-je pu faire pour randonner autant de fois dans les hauteurs de ce lac, sans jamais réellement envisager de pousser mes pas jusqu’à ce lieu de vie ? Ce n’était pas l’envie qui m’en manquait, mais davantage l’insuffisance d’information pour m’y rendre qui m’arrêtait. J’avais même, quelque part au fond de moi, abandonné l’idée de m’y rendre un jour.

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Au loin, Fish Lake. ©Kelly Tabuteau

C’est finalement un couple d’amis, Jennifer et Guillaume, qui ont relancé ma ferveur pour l’endroit. Eux non plus n’avaient pas réussi à récolter beaucoup d’indications utiles pour s’y rendre (sur la droite, vers la fin de Fish Lake, 8-10 kilomètres, … ce qui n’est pas si mal pour le Yukon finalement !), mais ils voulaient aller y passer une nuit. Avec l’aide de Google Maps, nous localisons la cabine en deux temps trois mouvements. Notez ici l’ironie de la situation… Nous voulons honorer un mode de vie loin du consumérisme de la société actuelle, mais nous ne pouvons positionner le site sur une carte sans utiliser Internet… Enfin bref, l’emplacement trouvé, nous réalisons que deux itinéraires sont possibles. Marcher sur le lac pour l’aller et le retour, ou bien faire une boucle par les hauteurs de Fish Lake. Mes amis choisissent la première option pour leur virée de deux jours ; mon Fisherman et moi décidons de faire la boucle à la journée, soit une vingtaine de kilomètres.

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Le filtre N&B était de nouveau de sortie devant mes yeux, ce dimanche-là… ©Kelly Tabuteau

Dimanche 20 janvier, 9 h, nous quittons Whitehorse, en compagnie d’un autre couple d’amis, Mélanie et Stéphane, direction Fish Lake donc. Le thermomètre affiche -24°C. Emmitouflés dans nos nombreuses épaisseurs, les raquettes sur les sacs à dos, nous commençons notre « expédition » peu avant 10 h. Nous commençons par la montée douce jusqu’à la crête de Fish Lake, où dans le soleil levant, nous tombons « nez-à-nez » avec une horde de treize caribous. Magique ! Puis nous entamons la (longue) descente en bush-walking jusqu’aux lacs de la Bonneville, pour poursuivre avec une marche monotone sur ces mêmes lacs.

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Vous reprendrez bien un peu de bush-walking, non ? ©Kelly Tabuteau
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Sur un des lacs de la Bonneville. ©Kelly Tabuteau

Les paysages environnants sont magnifiques et le temps semble s’être figé dans cette immensité. Nous sommes surpris de constater que l’extrémité du dernier lac n’est toujours pas gelée… Nous prenons alors nos précautions pour rejoindre la terre ferme, puis continuons notre rando avec une nouvelle portion de bush-walking (beaucoup plus facile que la première partie soit dit en passant). Enfin, nous déboulons sur Fish Lake après quatre heures de marche. Nous savons que nous avons dépassé l’emplacement de la cabine, nous retournons donc sur nos pas, jusqu’à trouver un sentier qui remonte dans la forêt. Nous nous engageons sur ce chemin de neige compactée. Le tracé cependant nous semble étrange par rapport à la carte que nous avions étudiée. Pris d’un doute, nous manquons de faire demi-tour. Nous nous laissons encore quelques minutes pour nous décider et restons sur le chemin. Soudain, la cabine se dévoile.

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©Kelly Tabuteau

Une vague de satisfaction et d’euphorie m’envahit… Entourée d’arbres, elle est aussi belle que dans mon souvenir du film. Elle a plus de quinze ans, et pourtant elle est encore en très bon état. Il faut croire que les randonneurs de passage en prennent soin. Bref, il est 14 h 15 quand nous nous engouffrons dans l’abri. Quelques minutes plus tard, nous sommes installés devant le poêle, le bois crépite sous l’effet de la chaleur et les flammes, dansantes, réchauffent nos doigts gelés. Nous savourons ce moment et ce lieu, le temps de notre pause déjeuner.

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J’y passerais bien quelques jours ! ©Kelly Tabuteau

À 15 h 30, nous devons revenir à la réalité et sortir de cette parenthèse de sérénité si nous voulons rentrer avant la nuit. Le retour est facile, tout droit et tout plat sur Fish Lake, jusqu’à la voiture. 2 h plus tard, nous roulons de nouveau vers Whitehorse. J’avoue être un peu fourbue après vingt kilomètres de marche mais je suis complètement conquise par cette journée ! Les émotions qui me remplissent après cette randonnée sont indescriptibles. J’avais oublié le sentiment de découvrir un endroit pour une première fois. Je suis tellement heureuse que je souris béatement dans l’auto. Je sais maintenant ce qu’il me reste à faire pour les mois hivernaux à venir : continuer d’explorer de nouvelles contrées !

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C’est avec le coucher de Soleil dans le dos que nous retournons vers la voiture. ©Kelly Tabuteau

« Dans la nature sauvage je saisis le miracle de la vie, et nos réalisations scientifiques deviennent alors des futilités. », Charles Lindbergh


7 réflexions sur “Yukon | À deux pas de Whitehorse, la cabane du film Le Dernier Trappeur

    1. Il me semble qu’elle a été construite pour le film car je me souviens d’images où Norman Winther construit la cabane, à l’aide de ses chevaux. Dis quand ça, ça perd un peu d’authenticité… Pourtant, il y a pas mal de personnes qui vivent encore comme ça, aujourd’hui, au Yukon. « Off the grid », loin de la civilisation, sans eau courante ni électricité.

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