Histoires Expatriées | Qu’est-ce que je mange au Yukon ?

Après plus de deux ans à vivre au Yukon, j’ai parfois des difficultés à me souvenir de ce qui a vraiment changé dans mon quotidien, tellement ces nouvelles habitudes sont dorénavant ancrées dans ma nouvelle routine. Est-ce cela l’expatriation ? Ne plus savoir ce que l’on peut appeler « maison ». Je suis française et c’est à coup sûr ce qui me définit quand je rencontre de nouvelles personnes. La France, c’est chez moi, c’est mon pied-à-terre, c’est l’endroit où je pourrai toujours revenir peu importe ce qui arrivera dans ma vie. Pourtant, Whitehorse est ma maison, la ville dans laquelle je me construis… Est-ce cela l’expatriation ? Avoir le sentiment d’avoir le cul entre deux chaises ? N’appartenir ni vraiment à un endroit, ni vraiment à un autre ?

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C’est un peu comme choisir entre le velouté de tomate ou le wrap veggie, nan ? ©Kelly Tabuteau

Quand je suis rentrée en France à l’automne dernier, je m’attendais à tout, sauf à me sentir étrangère dans mon propre pays. J’avais perdu mes repères d’antan et la moindre différence, superficielle ou plus profonde, avec mon quotidien yukonnais me laissait quelque peu perplexe : m’asseoir à une terrasse de café où les fumeurs sont les bienvenus, utiliser des billets de banque de taille différente pour régler mes achats, parler en français à la caissière du supermarché, faire attention à l’endroit où je laisse mon sac à main au restaurant, … Il y avait tout un tas de petites choses qui me rappelaient que mon quotidien avait changé sur bien des points. J’en ai pris davantage conscience lors d’un déjeuner en famille avec des membres que je n’avais pas revus depuis mon départ.

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Les burgers restent un classique des restaurants canadiens. ©Kelly Tabuteau

« Raconte ! C’est comment le Yukon ? Tu fais quoi comme travail ? Qu’est-ce que tu fais quand tu ne travailles pas ? ». Je réponds docilement à cet interrogatoire amical, je partage avec eux mon quotidien, ils sont intéressés. Nous profitons de ces retrouvailles. Puis vient la question : « Et tu manges quoi là-bas ? » Petit moment de solitude de mon côté… Est-ce que mon alimentation est tant différente d’avant ? Bon d’accord, entre mon départ et aujourd’hui, je suis devenue végétarienne. Alors quand l’envie me vînt de répondre à mon oncle et ma tante du gibier et du poisson, je me ravise… Pourtant, lors de ma première année canadienne, c’était la base de mon alimentation, tout comme celle de nombreux locaux : des produits de la nature fraîchement tués par mon Fisherman, mes colocs ou des amis. Orignal, caribou, porc-épic, omble chevalier, saumon, … Le « pire », c’est que j’aimais vraiment cela, en petites quantités certes, mais je me régalais ! D’où l’étonnement de mon Fisherman quand je lui annonçais que je ne voulais plus manger ni viande, ni poisson. Décision mûrement (et longuement) réfléchie, je prenais ma distance avec l’élevage industriel. Ses produits de la chasse n’étaient pourtant pas de l’élevage industriel… Bref, c’était le grand bazar dans sa tête ; j’ai suivi mes convictions et lui a continué à ramener du gibier sauvage et des poissons. Malgré mon choix, je suis fière de lui car, à la maison, niveau protéines, excepté pour les œufs, il se nourrit par lui-même, et cela se rapproche de mon souhait de fuir l’industrialisation ! En même temps, je ne peux pas l’en empêcher ; c’est presque dans ses gênes ; c’est surtout ancré dans la culture profonde des Canadiens, puisque les Premières Nations se nourrissaient uniquement grâce à leurs parties de chasse et de pêche. C’est d’autant plus vrai au Yukon, où les traditions autochtones se retrouvent partout, y compris dans les aliments de base, dont les préparations ont été quelque peu modifiées par l’arrivée des Européens, puis par celles des immigrants d’autres provenances.

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Des saumons kokanees, fraîchement pêchés. ©Kelly Tabuteau

Alors qu’est ce que je mange de si différent ? Excepté ce petit détail protéinique, je dirais que mon alimentation est semblable à celle que j’avais en France, mis à part le manque d’un bon camembert avec du pain croustillant. Sérieusement ? On trouve à peu près de tout ici, même si rien n’a tout à fait le même goût… surtout au niveau des produits laitiers et du chocolat !

J’ai appris à manger mes pâtes sans Ketchup, car « You can’t do that, this is not right »… Étrange quand on sait que les Canadiens en mangent à toutes les sauces… Ils en mettent partout, y compris sur leurs Kraft Dinner (qui soit dit en passant ne sont ni plus ni moins que des macaronis au fromage… allez comprendre !)

Je cuisine dorénavant au sirop d’érable, surtout en remplacement du sucre dans les recettes de gâteaux ; les locaux, eux, le décline sous toutes ses formes possibles. Ainsi on peut savourer du beurre (d’érable), du sucre (d’érable), de la bière (à l’érable), des sauces (à l’érable), de la glace (à l’érable), … partout à Whitehorse, bien que la production ne se fasse uniquement qu’à l’est du pays.

Je mange parfois des trucs super sains, réputés pour être des spécialités canadiennes, comme des bagels, des cookies de chez Tim Hortons, des canneberges, du cheddar, des queues de castor (pâtisserie à pâte frite étirée en forme de queue de castor que les locaux dégustent comme une gaufre), des tartelettes au beurre, des brioches à la cannelle et des barres Nanaïmo (dessert traditionnel composé de miettes de biscuits, de glaçage au beurre à la vanille et de chocolat fondu). Par contre, je mange rarement de burger (si ce n’est le végétarien de Burnt Toast Café… une tuerie !!!!) et jamais de poutine (le gravy,  la sauce brune quoi, c’est en fait un fond de veau…).

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La brioche à la cannelle est la spécialité de la station-service de Braeburn. ©Kelly Tabuteau

Dit comme cela, la gastronomie de mon pays d’adoption peut laisser à désirer niveau santé… Et c’est la vérité. La malbouffe est en effet présente partout, aux caisses du magasin de bricolage, tout comme dans les rayons des stations-service, … il ne tient qu’à soi de faire les bons choix, même si, ici-haut, il est parfois difficile de trouver de bons produits frais tels que fruits et légumes… Alors, comme les locaux, j’opte pour des fruits et légumes… surgelés ! Finalement, tout s’accorde avec mon nouvel environnement où l’hiver dure presque huit mois !

 

« Keep calm and eat poutine ! »

 

HistoiresExpatriéesCet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par Lucie du blog L’Occhio Di Lucie. Chaque mois, aux alentours du 15, des blogueurs expatriés aux quatre coins du monde se retrouvent autour d’un thème imposé, pour échanger des anecdotes sur la vie hors de leur pays natal. J’ai tout de suite adoré le concept alors me voilà 🙂
Janvier 2019 : La cuisine – Marraine : Perrine, du blog Pensées Voyageuses.


12 réflexions sur “Histoires Expatriées | Qu’est-ce que je mange au Yukon ?

    1. J’ai l’impression que c’est l’éternel sentiment qu’un expatrié ressent. J’ai des amis, même après plus de 15 ans au Canada, qui disent toujours : « On rentre en France pour les vacances », comme si, leur maison, c’est toujours la France !

      Aimé par 1 personne

    1. C’est super bon !! En France, je cuisinais des plats sucrés-salés avec du miel, et maintenant avec du sirop d’érable ; ça change vraiment le goût 🙂
      (Et oui, ce cinnamon bun est une tuerie !!! si jamais un jour tu passes près de Whitehorse)

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    1. Oui, j’ai l’impression que l’Est, ou peut-être même Vancouver, sont en avance sur la question et propose plusieurs type de poutine. Au Nord, jusqu’à présent, je n’ai trouvé que la traditionnelle…

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  1. Roooh, je suis bien contente de ce billet 🙂 ! Moi qui suis du côté végé de la force aussi (et même plus du côté 100% plant-based … et en plus de ça tu rajoutes le zéro déchet/vrac/minimalisme/yoga/autres trucs grano par dessus le tout 😉 ), c’est quelque chose qui me questionne pas mal (… nan parce que malgré tout, il reste bien ancré l’appel du Grand Nord xD !).
    Est-ce que c’est quelque chose qui se développe un peu quand même là-bas ?
    En tout cas, juste une dernière chose : vive le sirop d’éraaaaable xD !

    Aimé par 1 personne

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